1983 - N° 1
- JANV. - FEV. - MARS


Éditorial

Bonnes santés et temps meilleurs ... !

Pour un temps, la paix de Noël a imprégné le monde. La fête de la Nativité a été source de joies, occasion de rencontres, invitation à la compréhension et à la bonté.

Mais nous oublions si vite ! Le tourbillon du temps nous entraîne à sa suite.

Ainsi, nous voici déjà dans l'année 1983. Et nous paraissons toujours pleins d'inquiétudes, chargés de soucis et soumis aux interrogations. Et nous aspirons tous, pourtant, à l'aube de temps meilleurs.

C'est bien pourquoi, de tout coeur, je souhaite que tout au long de l'année nouvelle, pour tous et pour chacune de nos journées, demain soit mieux qu'hier ! Et de toutes mes forces, je vous souhaite « bonnes santés ».

Je vous souhaite bonne santé physique. Que ceux qui possèdent la santé gardent ce bien précieux, que ceux qui l'ont perdue la recouvrent ; que ceux qui souffrent dans leur corps sentent leurs douleurs s'apaiser et disparaître ; que les plus faibles et les plus démunis se sentent devenir forts et épanouis.

Je vous souhaite bonne santé matérielle. Que les spectres angoissants du chômage et de l'insécurité d'emplois s'estompent progressivement ; que les difficultés budgétaires vous quittent ; que les conditions de vie que vous subissez présentement rejoignent le plus rapidement vos souhaits.

Voeux pieux, souhaits utopiques ?... Et si on essayait tous ensemble d'y croire et d'y arriver. Alors nous pourrions, avec un esprit nouveau, retrouver le temps et le goût de nous promener, de respirer et de rêver dans cette belle vallée de la Molignée et du Flavion.

Pierre HEBETTE.

 

LE CHATEAU-FERME DE FALAËN

ouvrira ses portes le 1er, avril 1983.

Les heures d'ouverture : de 14 à 19 heures, du le, au 17 avril de 14 à 19 heures, du 18 avril au 30 juin, les samedis et dimanches ; de 10 à 19 heures, du 1er juillet au 31 août ; de 14 à 19 heures, du 1er au 30 septembre les samedis et dimanches.

On pourra y voir :

- l'exposition permanente sur le site de Montaigle, réalisée par les « Amis de Montaigle » : les grottes préhistoriques, Montaigle durant l'Antiquité, Montaigle du moyen âge à la fin de l'ancien régime ;

- une séance d'audio-visuel sur la construction du château-ferme de Falaën, la vie au temps des seigneurs de Montaigle-la-Ville ;

- une exposition la ferme d'antan.

Prix d'entrée : adultes : 40 francs enfants de moins de 15 ans : 20 francs; groupes : 30 francs.

Les membres du Syndicat d'Initiative de la Molignée et du Flavion ont droit à une visite gratuite sur présentation de leur carte de membre 1983.

 

Nouvelles du Syndicat «Initiative et de Tourisme de la Molignée et du Flavion

L'assemblée générale ordinaire aura lieu le mardi 8 mars 1983 à 19 h 30 en la salle des oeuvres de Maredret.

Ordre du jour :

- rapport moral et financier de l'exercice 1982 ;

- approbation des comptes 1982

- approbation du budget 1983

- informations diverses.

Le Président et les administrateurs invitent cordialement les membres du S.I. à y participer.

Toute suggestion sera la bienvenue et votre présence nous sera un encouragement.

 

Recherches sur la dénomination des cours d’eau MOLIGNÉE et FLAVION (suite)

7.Le droit de pêche au XVIle siècle

de la source de la Behoude à la Meuse.

La seconde parenthèse ouverte après l'examen des documents du Mlle au XVIle siècle1 est consacrée à l'étude de données figurant sur un document dont l'existence nous a été aimablement renseignée par Madame C. Douxchamps-Lefèbvre, conservateur des archives de l'Etat à Namur.

Ce document2, aux dimensions de 70,5 cm sur 15,5 cm, date du XVIle Siècle et était vraisemblablement annexé à un dossier sur le droit de pêche du cours d'eau depuis la source à Behoude jusqu'à la Meuse ; les documents de ce dossier n'ont pas été retrouvés.

Disons immédiatement que le document n'apporte aucun élément nouveau sur la dénomination du cours d'eau. Comme on peut le lire, l'auteur s'est borné à inscrire la localité de provenance : ruisseau venant de Biesmerée, ruisseau de Denée, ruisseau venant de Flavion, Weillen, etc.

Nous rechercherons les propriétaires du droit de pêche sur chacune des portions dont les limites sont figurées par un arbre.

Quelques généralités sur le droit de pêche sous l'ancien régime

Les eaux du comté de Namur faisaient partie du domaine direct du comte lorsque les terres sur lesquelles elles coulaient n'étaient pas inféodées ou cédées à des institutions religieuses.

Lorsque les terres étaient inféodées, c'est-à-dire données en fief, les eaux appartenaient au seigneur hautain qui avait le droit d'en user, droit qui comprenait notamment : le droit de pêche, le droit de détourner les eaux pour irrigation de terrain, le droit de les utiliser à des fins industrielles (coup d'eau) en actionnant les roues des moulins à farine, des stordoirs, des affineries, des fourneaux, etc.

A. BEHOURDE3

Le droit de pêche est limité, sur le document, par la source de a Behourde, proche de laquelle se trouvaient les étangs appartenant et exploités par l'abbaye de Brogne (ou de Saint-Gérard), et un endroit si tué approximativement à mi-parcours du cours d'eau4.

L'alleu de Behourdelle5 fait partie du domaine ou seigneurie de Brogne sur lequel l'abbé ou ses agents exercent en toute liberté et puissance tout droit et tout pouvoir judiciaire6.

Ce domaine qui comprenait le village de Brogne, celui de Saint-Laurent, une partie de Bossières, Maison, une partie de Libenne, Lesves, Montigny, Falaën, Sosoye, Waslin (Weillen), Maredret, une partie d'Ermeton-sur-Biert à Behordes et Behordelles, Mansionile (Petite-Maison), Haillée, Romerée et Manise, avait appartenu en toute indépendance vis-à-vis du comte de Namur, à Gérard, né auprès de Stave7 qui, ayant fondé l'abbaye bénédictine de Brogne, la dota par acte du 2 juin 919 de ses biens.

Behourdelle comprend une ferme de 12 bonniers de prairie8 et les étangs près desquels est érigée une chapelle dédiée à saint Gilles9.

Le droit de pêche appartient à l'abbé de Brogne en sa qualité de seigneur de la terre de Brogne jusqu'en 1566 et ensuite à l'évêque de Namur10, qui exerce le droit jusqu'en 1796, année de la suppression des établissements religieux par le pouvoir français.

 

B. ERMETON-SUR-BIERT

La rivière Behoude, depuis approximativement son mi-parcours jusqu'au confluent avec le ruisseau venant de Biesmerée (au pied du château) coule sur le territoire de la seigneurie d'Ermeton-sur-Bier11. Le droit de pêche sur cette partie du cours d'eau appartient au comte de Namur, en sa qualité de seigneur hautain, jusqu'au 21 juin 1603, date à laquelle la seigneurie hautaine est cédée à Jean de Waha, seigneur de Grandchamps, moyennant versement d'une rente annuelle de 25 livres du prix de quarante gros, monnaye de Flandre la livre12. Il obtient cette faveur en récompense des services rendus au roi Philippe Il et à son successeur en sa qualité de lieutenant de la compagnie d'armes du comte d'Isenghien et en compensation de la perte subie par l'incendie et la destruction de son château et ferme de Grandchamps par les Hollandais en novembre 1602 à raison de sa fidélité à la cause du roi13.

Jean de Waha possède le droit de pêche jusqu'au 15 mai 1612, date à laquelle il vend à Richard Godart les seigneuries hautaine et foncière d'Ermeton-sur-Biert14. Meuris, son fils, lui succède et fait cession des seigneuries à son frère Pierre qui les relève le 17 février 1636.

Richard, fils de ce dernier, fait relief le 11 mars 1653 et obtient par lettres patentes du 9 février 1666 l'autorisation de réunir en un seul fief la seigneurie et les biens qui constituaient le fief primitif (seigneurie foncière).

Font ensuite relief de la seigneurie, Pierre François, fils de Richard (9 juillet 1670) et Louise Martine, sa fille (7 juillet 1670) qui donne par testament la seigneurie à son fils cadet H.-Alb.-Jos. de Flaveau de la Raudière qui la relève le 24 septembre 1778.

Dernier seigneur, il est le dernier à exercer le droit de pêche qui, avec la suppression de la féodalité en 1796 par l'occupant français, devient la propriété de l'Etat.

 

C. MAREDRET

Maredret, comme Behourdelle, est terre de Brogne et fut donnée par Gérard à l'abbaye de Brogne au Xe siècle.

Cependant, la seigneurie de Bonsin ne faisait pas partie à cette époque du domaine de Gérard ; elle fut acquise en septembre 1234 à Garite, abbesse de Moustier15 et réunie à Maredret. L'abbaye de Brogne y possédait le moulin banal et la ferme AI Cour.

Le droit de pêche sur le ruisseau traversant le territoire de Maredret appartient à l'abbé de Brogne en sa qualité de seigneur. La pêche n'était pas exploitée au XVIle siècle par l'abbaye, mais remise à location16.

Comme pour Behourdelle, ce droit de pêche fut propriété de l'Etat à partir de 1796.

(à suivre)

G. DEREINE.

 

1 Le Molignard, n' 1982/2, p. 4.

2 A.E.N., Conseil provincial, Parquet Information, n° 238.

3 Le toponyme actuel est Behoude ou Boude.

4 Cet endroit devait être situé en amont du moulin à farine sur la Behoude, dit Moulin de Behourdelle, qui était situé sur le territoire de la seigneurie d'Ermeton-sur-Biert.

5 Dénommé Behordeles au XII, siècle.

6 Charte des privilèges accordés en 1131 par Godefroid, comte de Namur. Eug. del Marmol, L'abbaye de Brogne ou de Saint-Gérard dans A.S.A.N., t. 5 (1857/58), p. 272.

7 Eug. del Marmol, op. cit., p. 227.

8 Dénombrement des biens de l'abbaye de Brogne en 1787. Eug. del Marmol, op. cit., p. 272.

9 Une pierre d'autel fut retrouvée dans une étable de la ferme de Behoude et placée à un autel de l'église abbatiale de Maredsous.

10 Par bulle du 16 des calendes de février (17 janvier) 1566, le Pape Pie V unit à la mense épiscopale de Namur l'abbaye de Saint-Gérard, y supprime le nom, le titre et la dignité d'abbé ; il accorde à l'évêque l'administration spirituelle et temporelle du monastère.

11 On peut se demander si la limite aval est exacte. En effet, la borne placée au confluent semble inclure la partie du ruisseau comprise entre le confluent et la forge de Bonsin dans le domaine de Brogne. Elle est cependant partie du domaine de la seigneurie d'Ermeton-sur-Biert puisque la forge, située en amont de celle de Bonsin est sur territoire de la seigneurie d'Ermeton-sur-Biert.

12 A.E.N., Souverain Bailliage, n° 29.

13 Il était pratiquement ruiné, n'ayant plus comme revenus que ceux de la seigneurie foncière d'Ermeton-sur-Biert qu'il avait achetée le 13 septembre 1595 à Marie de Wez. Cette seigneurie comprenait : maison, chapelle, tenure et jardin, 5 bonniers de pachis, 31 bonniers de terres et prés.

H. de Radiguès, Les seigneuries et terres féodales du comté de Namur dans A.S.A.N., t. 22 (1895), p. 58.

Le seigneur hautain exerce le droit de justice (haute, moyenne et basse) avec nomination des mayeur et échevins, du greffier et du sergent ; le droit de la chasse et de la pêche, celui de mortemain, celui de chauffage dans le bois de Biert fixé à 15 cordes de bois par an.

Les revenus de la seigneurie hautaine consistent en :

- les « moulaiges » ou droit perçu par le seigneur pour rachat par les manants de la banalité du moulin à farine : 2 stiers de mouture ;

- 3 chappons et six deniers sur la maison de Collo le meunier ;

- 8 sous dus par Louis de Boursoy pour J'autorisation de brasser bière et autres breuvages et pour les vendre dans sa maison proche de la brasserie ;

- la taille (ou droit de manandise ou droit de feu) de 2 douzains d'épeautre et deux sous en argent pour les laboureurs et les manouvriers, la moitié pour les veuves.

14 H. de Radiguès, op. cit., p. 58.

15 A.E.N., Archives ecclésiastiques, n° 2586, f0 55.

16 A.E.N., Archives ecclésiastiques, nos 2613, 2615, 2616 et 2617.

 

COMPTINES D'ICI ET D'AILLEURS

 

Mon grand-père était né en Brabant wallon vers le milieu du siècle passé. Là comme ici, il existait, jusqu'à une certaine époque, pas encore si lointaine, la transmission de la tradition entre grands-parents et les petits-enfants ; les uns ayant tout leur temps et l'expérience de la vie, les autres, très réceptifs vu leur jeune âge et leur admiration devant les récits des anciens, n'avaient d'yeux et d'oreilles que pour eux. De nos jours, la vie moderne trop trépidante, la vie « folle », sépare de plus en plus les rapports entre jeunes et vieux.

Dans les villes, nos vieux vont souvent à la maison de repos et les enfants à la crèche : tout un univers artificiel pour les uns comme pour les autres : manque d'affection et discipline uniforme pour tous les deux ; les vieux sont des enfants et les enfants sont des grands.

Bref dans le temps, à l'occasion d'une soirée (al chige) nos ancêtres racontaient tous les contes traditionnels, les histoires locales (loups garou, chiens à chaînes ... ) mais aussi de petites fauves de leur cru et dans lesquelles l'exploit des voisins et connaissances y étaient inclus.

C'est ainsi que je me souviens de ces deux petites histoires rimées et rythmées dans lesquelles bien des personnes à jamais inconnues y étaient personnifiées : « D'ji sais in nid Denis, Qu'est-cequi n'y a didin d'Gillain, y gn'a des d'jaune (d'juron), sont-y parés Curé ? Y gna des pronettes dis-t-elle Nonette, y gna des pwoilles di djale dis-t-y d'Jean-Châle, y gna des gros culs disti Gromoulu ».

« Baptiste du Pwè, qui plante des pwès, Grand pépère qui les fait crère, Cadet li Rouchat les fait divinu bia, Gromoulu qui piche dissus. »

C'était plus que simple, désuet mais, enfant, on était fier de pouvoir les répéter sans se tromper : on était aussi savant que son grand-père !

Il y avait aussi une chanson de « trouffion », originaire de Namur mon grand-père ayant fait son service militaire à la caserne Marie-Henriette vers les années 1888.

Elle commençait de la façon suivante : « 11 et 11 ça fait 22, le régiment des crapuleux... » Elle ne m'est pas restée en mémoire, ne l'ayant entendue que rarement, maman étant très fâchée envers cet aïeul quand il contribuait à faire mon éducation avec un vocabulaire semblable. Mais peut-être qu'un lecteur du Molignard pourrait-il encore la continuer ?

Peut-être aussi que certains d'entre vous pourraient se souvenir d'autres comptines ou petites histoires locales et nous faire profiter de leur récit ?

Et si vous profitiez de l'occasion pour dresser la liste des « spots » (sobriquets) de votre village ?

R. D.

 

LES GAMINS DE 1930

En mai dernier, le Molignard évoquait quelques sov'nances d'on vi gamin d'Eugène GILLAIN, fondateur des Cahiers Wallons. En 1930, il entre dans la cinquantaine et il dégringole « li d'chindée ». Les souvenirs de son enfance se réveillent : les joies bien sûr, mais, aussi en filigrane, l'éducation et la vie à la dure du siècle dernier. Comparant les gamins de 1930 à ceux de sa génération, il écrit notamment :

« Mais dji m'dimande si les gamins d'asteûr auront ostant d'plaiji qu'nos di causer d'leû djonne timps. Nos, nos estans d'one génération qu'a passé do crasset (N.D.L.R. : lampe à huile) à l'ampoule électrique, do tokwè (N.D.L.R. : feu ouvert à crémaillère) au chauffage central ; qu'a vèyu les prumis vélos et trinte ans après les avions. Li progrès a stî rade. »

« I m'chone qui les gamins d'asteûr (N.D.L.R. : ceux de 1930) sont malins trop djonnes. Is sont gâtés. Nos autes, on rin no contintait : on boquet d'suke, one gaye, one poire quand on fiait one commission, one imadje au catrèsime ou è s'cole. »

Par la force des choses, à leur tour, les gamins de 1930 sont devenus des sexagénaires « su li d'chindée ». Et il nous arrive d'éprouver, nous aussi, le plaisir de « raconter » le temps de nos jeunes années si différent de celui d'Eugène GILLAIN. C'est ce que nous ferons dans un prochain Molignard. Dans un demi-siècle, les gamins et les filles d'aujourd'hui feront de même en tenant compte de l'environnement qui fut le leur que nous ne parvenons pas toujours à comprendre, souvent par manque de tolérance. Quelle que soit l'époque qu'ils ont vécue, les gamins de 6 à 11 ans seront toujours des gamins. En général, leur âge restera celui de la joie de vivre, de l'insouciance, de l'innocence, de l'espièglerie, de l'absence de tout vain calcul ou d'arrière-pensée malveillante. C'est une constante de la vie qui est un éternel recommencement.

Le Progrès « a sti rade » écrivait Eugène GILLAIN en 1930. Pour les gamins de 1930, le Progrès fut un enchaînement inimaginable de découvertes et d'inventions prodigieuses et remarquables. Parallèlement, nous avons bénéficié de l'amélioration sensible du bien-être et du progrès social. Comparé au progrès qu'avait connu Eugène GILLAIN (il a stî rade), celui de notre génération a « grimpé » d'une façon exponentielle et ce n'est pas terminé : les moyens actuels sont devenus des outils performants permettant au génie humain de se surpasser, de jour en jour.

« I m'chone qui les gamins d'asteûr sont malins trop djonnes. » Le recul du temps aidant nous permettra de tempérer cette constatation d'Eugène GI LLAIN.

En vérité, nous tirions profit des améliorations des connaissances que nous avaient apportées les nombreuses innovations scientifiques, industrielles et techniques expérimentées sur « le terrain » par les belligérants au cours du premier conflit mondial.

En outre, les Pouvoirs Publics avaient rendu l'enseignement primaire obligatoire jusqu'à 14 ans. Les Ecoles Moyennes et les Cycles d'Humanités groupés dans des centres importants (Florennes et Dinant par exemple) voyaient leur population scolaire se gonfler d'année en année. Petit à petit, une nouvelle frange de l'échelle sociale comprenant les fils de fonctionnaires, de petits agriculteurs et indépendants, voire d'ouvriers trouvaient accès à l'enseignement secondaire qui n'était pas gratuit. Combien de « gamins de notre âge » de familles modestes ont ainsi réussi à « percer » et à se hisser vers les sommets de l'échelle sociale.

Le « journal » pénétrait dan ' s davantage de foyers. La presse enfantine n'était pas en reste. Rappelez-vous le Petits Belges pour les garçons et Stella pour les filles. La radio naissante exerçait de plus en plus d'attraits. Les soirées trouvaient les familles réunies « au culot do feu » écoutant la radio locale de Châtelineau ou Radio Toulouse ou Radio Langenberg déversant surtout les « chansons et airs à la mode ». Le cinéma, muet au départ, devait se muer bientôt en cinéma parlant. Rappelez-vous les débuts cocasses du « Muet », des films de guerre tel « Les Gueules Cassées » ou des films de cape et d'épée tel «Lagardère». Les médias avaient ainsi opéré leur percée.

Les trains-radios permettaient une certaine évasion de même que le bateau-mouche reliant Dinant à Namur.

Et puis, il y eut les deux expositions internationales de Liège et d'Anvers que certains d'entre nous purent visiter. Et enfin, les fêtes du Centenaire de notre Indépendance qui furent célébrées avec fastes tour à tour dans tous nos villages et qui insufflèrent un nouvel élan à notre patriotisme toujours à l'honneur dans nos écoles et nos foyers.

Dans une certaine insouciance, nous venions de découvrir un tas de choses. L'étendue de nos connaissances surprenait nos parents abasourdis encore habitués au petit train-train de l'avant-guerre. Nous étions « devenus malins trop jeunes »... En fait, nous vivions notre temps.

Etions-nous plus gâtés ? Proportionnellement, nous ne recevions pas grand-chose de plus qu'Eugène GILLAIN en son temps. Nous nous contentions d'un caramel ou d'un biscuit ou d'un fruit quand nous avions fait une « commission » pour maman, le curé, l'instituteur ou une personne âgée. Nous rassemblions, dans de vieilles boîtes à biscuits, les images ou « bons points » reçus au « catéchisme » ou à l'école offerts en récompense de notre savoir. Monnayer nos « Bonnes Actions » n'effleurait aucune de nos pensées. Nous rendions service et nous étudiions pour le seul plaisir que nous en retirions.

(à suivre)

A. JADOT.

 

On Spirou reconte...

Dj'a v'nu au monde à Marèdsous,

Dji m'î plaî bîn, dj'a mès-ayèsses,

Dji su contin d'ièsse on Spirou

Pace qui c'è-st-one bèle pitite bièsse !

Vos pinsez tot tchûte qui dji m'vante

Tot d'djant mi min.me qui dji m'trouve bia !

Què-ce qui ça m'pout fer d'ièsse rossia !

Dji m'è fou come di l'an quarante !

Dj'a deûs p'tits-ouys come dès nwârs pièles,

Dissus m'vinte, todi m'blanc d'vantrîn,

Mès pates di d'vant, c'èst mès deûs mwins,

Et dj'a one queuwe... gn'a pont d'pus bèle !

C'èst m'couvète quand dji va coûtchî,

S'i ploût, dji m'mèt à iute pa dzos,

Et quand dj'plane d'on tchin.ne su one sau

C'èst lèye qui siève di balancî !

Dji ré di m'nid, dins I'fotche d'on èsse

Ossi rade qui I'solia pèrcéye,

Dji prind m'douche avou dé l'roséye,

Saqwants côps d'pates, èt dj'a faît m'crèsse !

 

Adon, faut djuner, èt dj'a fwin,

Gayes, neûjes èt fayènes, tot m'chone bon !

1 faureûve vôy aler m'minton

Quand dj'su aus-ès djètons d'sapin !

Mins d'l'ivièr, quand l'vint d'bîje sofèle,

Qu'i gn'a dé I'nîve pa-t't-avau tot,

C'èst l'misére po nos-ôtes tortos !

Lès bièsses do bwès n'è l'ont nin bèle !

Adon, dj'va briber, i faut bin !

Dj'atrape aus-ès djins do viladje

One gaye, one crosse, do bon fromadje !

On n'èst nin d'Marèdsous po rin !

D. MATHOT

Avril 1982

 

Le Train touristique dans la vallée de la Molignée

DU NOUVEAU

Du nouveau à signaler qui semblerait amener le projet dont on a tant parlé à parvenir à une « maturation » prochaine.

En effet, le Service de la Voie de la S.N.C.B. Groupe de Charleroi a remplacé toutes les traverses défectueuses entre Ermeton-sur-Biert et le tunnel de Maredsous. De son côté, le Groupe de Namur est en train d'exécuter les mêmes travaux depuis le tunnel de Maredsous jusqu'à la gare de Warnant. Cela bouge donc...

Au printemps ou pour l'été prochain, nous pourrions revoir circuler des trains de voyageurs que nous n'avions plus vus depuis fin août 1962. Ce serait un nouvel atout touristique pour notre région.

A. JADOT.

 

L'AGNELÉE établissement industriel (suite)

5. Les propriétaires

Toussaint Huice

Le premier propriétaire connu de Langlée est Toussaint Huice de Biesmerée 26 qui exploite la forge en 155027.

Les Staynier

La propriété de l'établissement passe à Andry Staynier et ensuite, par succession à son fils Jehan qui, le 23 juillet.1572, fait relief devant la cour de Langlée du marteau, affinoire, biez et biens de Langlée aussi de toute héritablitez qui avoyt en terre, prayries, hayes souz dit mouvant28

Il laisse, à son décès, des enfants en bas âge29 de qui les tuteurs, Thiery Doie et Gérard le Flameing, sont en défaut de payer en 1584 une rente annuelle de 25 florins grevant l'établissement industriel30 ; une fraction de cette rente appartient en 1579 à Hubert Davin qui la transmet par testament à Conrard Davin, son cousin germain, qui en fait relief dans la cour de Graux et de Lainglée le 8 janvier 158230 ; l'autre fraction appartient à Jacob

Claes31 qui l'a acquise de Wauthier Davin. La première faute pour nonpayement de la rente est signifiée le 2 avril 1584 aux tuteurs ainsi qu'à Jehan Doie, Jehan Huice et Charles Orban au nom de Wauthier Davin et les héritiers de Jacob Claes32.

Wauthier Davin et les héritiers de Jacob Claes sont introduits le 17 octobre de la même année par la cour de justice de Langlée, à la suite de cette action en justice, en la possession réelle et actuelle conformément aux placcards de Sa Majesté luy ayant livré en fond et en comble33.

Mais les bâtiments sont en ruines et l'usine démembrée et dévalisée, les harnais brisés et tous les outils et instruments servant à l'exploitation enlevés34. L'établissement n'est plus en état de fonctionner, n'est donc plus d'aucun rapport et c'est vraisemblablement pour cette raison que les tuteurs des enfants de Jehan Staynier n'ont plus payé la rente annuelle de 25 florins.

Pour cette même raison, les nouveaux propriétaires ne versent pas les 3 cens de fer dus annuellement au seigneur de Graux qui, le 10 mars 1587, es assigne devant la cour de justice pour défaut de payement et non-entretien des huysinne, mannoirs et ediffices comme le stipulent les lettres de constitution. Les défendeurs, soutenant la thèse de la non-rentabilité de l'usine et le procès pendant devant le Conseil provincial contre les propriétaires précédents, sont condamnés par jugement du 10juillet 158735 à payer les arriérés des cens et à les payer à l'avenir.

Il semble que Wauthier Davin et les héritiers de Jacob Claes n'aient pas fait remettre l'affinerie en état de marche et en aient abandonné la propriété au seigneur de Graux car elle n'est toujours pas en activité en 160236.

Jean Tournon et Marie, sa fille

La forge n'est plus en activité pendant de nombreuses années et est totalement tombée en ruines. Le 4 avril 1657, Dom Jérôme Reynders, abbé d'Aulne et seigneur de  Graux, remet en arrentement à Jean Tournon, maître de forges, tous les biens ressortissant de la seigneurie de Langnelée, dépendance de Graux, avec le cours d'eau, moyennant versement d'une rente annuelle de 50 florins payables à la Saint-André ; il se réserve la chasse et la pêche, mais accorde à l'acheteur le droit de pêcher dans le bief de l'usine.

Pour assurance des payements, l'acheteur s'oblige de faire rebâtir sur les terrains lui cédés une forge ou un fourneau37.

Qui est Jean Tournon ?

Les recherches dans les registres paroissiaux (état civil avant 1796) n'ont pas permis d'établir son origine et sa filiation. Le crayon généalogique ci-dessous a pu être réalisé par les renseignements puisés dans divers actes dont les références sont reprises sous le tableau.

 

1 Partage des biens de Claude Tournon. Acte du notaire Wauthier en date du 26 octobre 1626.

A.E.N., Echevinages Bouvignes, n° 29, fO 106.

2 Caution de 5.000 florins donnée par Philibert de Thournon et son épouse, en date du 13 mai 1634,

A.E.N., Echevinages Moulins, n° 1, fo 2.

A.E.N., Registres paroissiaux Senenne, n° 797, fO 100v.

3 Relief en date du 19 avril 1640 par les enfants de Philibert Tournon des biens leur appartenant par succession.

A.E.N., Echevinages, Moulins, n° 5.

4 Accord en date du 21 avril 1704 sur le partage des biens de Jean Tabollet et Catherine Tournon.

AIX, Archives ecclésiastiques, n° 3152.

 

5 7 mai 1641 - Vente en accense héritable du fourneau de Moniat par Jean Tournon et Marie de Ville, son épouse, à Michel Aux Brebis.

A.E.N., Echevinages Freyr, n' 1.

6 L'ordre des enfants de Jean l'aîné est celui repris dans l'acte du 26 octobre 1626 (voir note 1).

7 A.E.N., Fonds Jacquier de Rosée, n° 551.

8 Décret du Conseil provincial de Namur en date du 10 septembre 1629. A.E.N., Echevinages Hontoir, n° 2, f° 192.

9 A. E. N., Enquêtes judiciaires du Conseil de Namur, n° 4201. A. EX, Enquêtes judiciaires du Conseil de Namur, n° 4196.

10 A.E.N., Sentences du conseil provincial, 1661-1663.

Jugement du 11 février 1661.

Acte du 25 juillet 1640.

A.E.N., Echevinages, Stave, n° 1.

11 Acte du 16 avril 1663

A.E.N., Echevinages Stave, n° 1.

Acte du 3 juillet 1656

A.E.N., Echevinages Stave, n° 1.

Acte du notaire Airkin du 28 avril 1654.

A.E.N., Protocoles notariaux, n° 307.

12 Acte du 16 avril 1663.

A.E.N., Echevinages Stave, n° 1.

Acte du 4 février 1662.

A.E.N., Echevinages Stave, n° 1.

13 Jacques Tornon ou Tournon est anobli par lettres patentes de novembre 1358 données par CharlesQuint.

A.E.N., Etats du Comté de Namur, n° 968.

Il est originaire de Nolevoy, comté de Bourgogne (cette localité n'a pas été identifiée). Roland est son fils ou un de ses enfants.

Le lien de parenté entre Jacques et Claude ou un de ses descendants n'a été établi.

On ne peut donc affirmer que Claude Tournon soit également d'origine bourguignonne.

(à suivre) G. DEREINE.

 

26 Déclaration de Jean Doye. A.E.N., Enquêtes judiciaires du Conseil de Namur, n° 1380.

27 A.E.N., Haute Cour de Florennes, Transports n° 2, 1544-1566, Fos 44v-45.

28 A.E.N., Echevinages Graux, n° 1, f° 39v..

29 Il semble que l'un d'eux ait reçu le prénom de son père et ait été également maître de forges.

Jean Staynnier (ou Staignier) a épousé Camille Jehenne Marotte, fille d'Antoine, propriétaire de la forge de Bonsin (Maredret). Ayant hérité cette forge, il la vend à Richard Noël, dit Godart, le 8 mai 1589. A cette date, il réside à Marchienne-au-Pont. A.E.N., Fonds Jacquier de Rosée, n° 357.

30 A.E.N., Echevinages Graux, n° 2, f° 93.

31 A.E.N., Echevinages Graux, n' 2, f° 99v.

Jacob Claes est qualifié : « marchant et opidain de la ville de Dynant » et est l'époux de Jehenne Anceau, dite Hanozet. Il était décédé en 1580. A.E.N., Echevinages Dinant, n° 22, f° 197v.

32 A. E. N., Echevinages Graux, n° 2, f° 99.

33 A. E. N., Echevinages Graux, n° 2, f° 105.

34 A. E. N., Echevinages Graux, n° 2, f° 149.

35 A. E. N., Echevinages Graux, n° 2, f° 153.

36 A.E.N., Enquêtes judiciaires du Conseil provincial, n° 2203.

Simon Gobart (ou Gobau), seigneur de Biesmerée et maître de forges, le qualifie le viel marteau de Langlée.

37 A.E.N., Fonds Jacquier de Rosée, n' 549.

 

APPEL À LA RÉFLEXION...

Drôle de période que celle que nous vivons !

L'angoisse, la crainte, la tristesse, le désespoir, la lassitude... autant de compagnons pour ces jours sombres. De tous ces maux dont nous souffrons maintenant d'une manière chronique, surgit le plus horrible de tous, le plus dangereux : l'égoïsme.

Penché sur sa personne, pleurant devant son miroir, l'homme de 1983 vit seul. A côté de lui, le voisin a perdu son emploi, mais c'est le voisin ! Trop préoccupé par la crainte de devoir renoncer à la nouvelle installation stéréo ou aux futures vacances en Espagne, il ne se rend pas compte ou ne veut pas se rendre compte de la détresse autour de lui.

Les salles de consultations des neurologues sont combles, les suicides sont de plus en plus nombreux, mais tant que l'on ne s'y retrouve pas soi-même... !

La cascade aux revendications ne s'arrête pas pour autant. Chacun s'accroche à ses « avantages sociaux acquis », les grands mots. Que de droits, mon Dieu ! On demande plus d'argent, plus de congés, toujours plus de tout ; pourquoi ? Pour faire face aux faux besoins créés par cette société de consommation... plus d'argent mais jamais assez pour faire face aux besoins de plus en plus grands.

Quelle gabegie ! Quelle absurdité ! La course à l'acquisition, au stockage des objets les plus inutiles qu'encombrants les uns que les autres. Je me souviens de ce monsieur dans un magasin d'électroménagers qui, la veille de la fête des mères, parce qu'il était indécis entre deux robots, finit par dire : « Emballez n'importe lequel, ma femme le laisse quand même dans l'armoire».

Mais où vont s'arrêter ces idioties ?

Axé sur son pouvoir d'achat, l'homme a oublié son pouvoir de donner. Donner une heure, une main tendue, un regard réconfortant, un sourire.

La mère n'a plus le temps de s'occuper de son enfant entre le retour du bureau et le film de la télé.

La grand-mère dans son home ne voit jamais ses enfants, parfois même pas le jour où ils se dérangeront quand même pour venir quérir la pension au bureau de l'établissement.

L'enfant handicapé n'est pas repris pendant les vacances de son école spéciale car les parents doivent pouvoir s'évader.

Mais quand va cesser cette ascension dévastatrice ?

Acquis sociaux ou destruction familiale ?

L'intérêt personnel qui l'emporte sur le sentiment du devoir, la déculpabilisation sous les prétextes les plus futiles... Quand allons-nous réagir, regarder et voir autour de nous, combattre l'indifférence ?

Plus à l'abri dans nos petits villages de cette involution sociale, nous devons, je pense, jouer un rôle important pour récupérer tous les égarés, pour redonner un sens humain aux échanges quotidiens. Partant de nos petites cellules régionales, l'exemple de ces retrouvailles devrait faire naître, l'envie de faire la même chose et, puisque l'engrenage est de créer des besoins, pourquoi ne pas applaudir lorsque le dernier besoin créé sera de ne plus en avoir d'autre que celui d'aimer la vie simple, le partage, la solidarité...

Ce retour à l'altruisme... utopie, penseront certains.

Puisse-t-il pour beaucoup, comme pour moi, signifier Espoir.

Y. BROGNEZ.