1983 - N°
2 - AVRIL - MAI - JUIN


MOLIGNARDISES »... 1973-1983

Je suis né le 2 février 1973, il y a donc dix ans déjà, dans la charmante et accueillente cité de Maredret, douillettement blottie dans le berceau de la Molignée. J'avais été conçu avec beaucoup d'amour et j'étais comblé de l'affection de tous mes proches qui étaient fiers de moi.

Bien entouré, j'ai fait très tôt mes premiers pas, et je me suis présenté chez vous dès le mois d'avril, dans ma parure toute neuve.

Ravis du succès de ma première entrée, mes admirateurs ont décidé que je vous rendrais visite régulièrement, tous les trimestres. Combien ils avaient raison, car si petit que je fûs, je me suis très vite rendu compte que beaucoup d'entre vous attendaient mes prochaines visites. Et j'ai trouvé cela bien agréable.

Porté aux quatre coins de la Molignée par de jovials et consciencieux facteurs, je franchissais, de foyer en foyer, chaque seuil avec sourire.

Passionné que j'étais de cette belle vallée, dès que je pus parler, je souhaitais, pour votre plaisir, vous en rapporter les échos. Je vous racontais mon admiration pour nos vieux villageois, témoins des traditions, et mon enthousiasme pour nos jeunes pleins de vitalité rénovatrice ; je me faisais une joie de vous faire mieux connaître vos villages voisins, leurs caractéristiques, leurs coutumes, leur folklore.

Attiré par la beauté des fleurs et par la majesté des sites et de l'architecture de notre région, je vous ai, à l'occasion, invités à orner vos façades et à découvrir les meilleurs aspects de notre patrimoine.

J'ai très vite grandi et je me suis épris de la « fille du charbonnier » dont je parlais avec abondance. Je me suis aussi attaché à ce bon vieux Floyon qui, en faisant couler beaucoup d'encre (bien sympathique d'ailleurs), a apporté beaucoup d'eau à mes moulins 1

Parce que je me sentais à la fois reconnaissant et affectueusement lié envers ceux qui veillaient à me faire grandir en âge et en sagesse, je vous ai fait part, à chaque occasion, de leurs multiples activités ; je vous ai présenté ou commenté toutes les manifestations dont j'av" connaissance ; je vous ai intéressés à tout ce qui se passait en notre bonne terre.

Et puis, je vous ai invités à la promenade, à la photo et même aux mots croisés. Parfois même, sans crier gare, j'ai fait un peu de fumée sur le train-train de la Molignée 1

En un mot, j'ai essayé de vous intéresser à tout ce que vous pouviez découvrir ou admirer en cette belle vallée et de me comporter chaque trimestre comme un rayon de soleil qui venait réchauffer votre coeur de Molignards.

Avec votre aide, je compte continuer.

MOLIGNARD DIX.

 

Pourquoi moi, « Le Molignard », suis-je chez vous?

Voilà 10 années que, chaque trimestre, un Molignard est déposé par le facteur chez chaque habitant des communes traversées par la Molignée et des communes voisines de la vallée, telles que Onhaye, Anthée, Bioul et encore d'autres. Quel rapport y a-t-il entre la Molignée et donc Le Molignard et ces communes voisines.

Le Molignard est distribué dans toutes les communes qui font partie du bassin versant de la Molignée.

Un bassin versant est constitué par un territoire dont la déclivité naturelle du sol recueille l'eau pluviale et de source pour l'écouler vers la rivière principale qui forme ce bassin. Exception est faite pour les égouts que certains auraient pu, mais n'ont pas su faire passer ailleurs que dans les ruisseaux et rivières. Cette rivière recueille du même fait les ruisseaux formés par les sources latérales. C'est ainsi que le ruisseau de Biert prend sa source à Biesmerée, que le Flavion prend sa source à Corenne, et qu'à eux deux ils forment la Molignée à Montaigle, après leur-confluent.

Les limites des communes ne sont pas nécessairement tributaires des déclivités des sois et il en résulte que certaines communes ont une partie de leur territoire qui fait partie du bassin versant de la Molignée et que les habitants de ce territoire doivent recevoir Le Molignard.

Voilà pourquoi certains habitants d'autres vallées parallèles à la Molignée et au Flavion reçoivent la brochure et sont ainsi associés à la vie de notre bassin versant.

A. MASURE.

 

Bonjour !

- Que signifie ce petit mot

Au dictionnaire, nous trouvons

« Terme de salutation employé dans la journée ».

- Qu'en est-il exactement ?

Un contact, une attention, une lutte contre l'indifférence, une marque de sympathie, de politesse.

- Pourquoi tant de monde oublie-t-il ce simple nom ?

Une caissière de grand magasin me dévisagea un bon moment alors que je lui avais dit bonjour en déposant mes marchandises devant elle et finit par me dire : « Je ne vous reconnais pas ». Je lui expliquai alors qu'elle ne me connaissait pas, ce qui n'excluait pas cette salutation. A juger de son étonnement, cela ne devait pas être fréquent !

Pourquoi ?

Réfléchissons un instant à la tension qui règne dans une salle d'attente d'un médecin, d'un dentiste, d'un avocat... L'arrivée d'un nouveau client, s'il adresse un chaleureux bonjour à l'assemblée constituera une détente, une interruption dans l'angoisse, une distraction du problème.

Réfléchissons également à ce qui se passe dans un compartiment de train. Des gens assis face à face, parfois pendant des heures, sans entrouvrir les lèvres pour un simple sourire. Cela me donnerait envie de crier.

Et vous, étudiants, lorsque votre professeur entre dans la classe, pensez-vous qu'un bonjour amical puisse être le point de départ d'un dialogue enrichissant, au lieu de rester des étrangers ?

Derrière tous ces exemples où la formule devrait être si spontanée, on découvre la profondeur de son contexte.

Il est nécessaire d'être ouvert à la vie, aux gens, aux choses, pour éprouver ce besoin de communication, pour extérioriser un peu de soi pour autrui.

En ce début de printemps, j'ai l'impression, quant à moi, d'éclater de tous mes pores et c'est du plus profond de mon être que je vous dis à tous...

Bonjour

Y. BROGNIEZ.

 

NOUVELLES DU SYNDICAT D'INITIATIVE ET DE TOURISME DE LA MOLIGNEE ET DU FLAVION

 

L'assemblée générale a eu lieu le 8 mars 1983 à Maredret sous la présidence de Madame D. Delaire, vice présidente.

Après la désignation des vérificateurs aux comptes de 1982 et 1983, la présidente expose le rapport des activités 1982 comprenant les points suivants : administration (115 membres), Le Molignard, les expositions au château-ferme de Falaën, les animations (soirée astronomique, soirée champêtre, journée du cruciverbiste), les promenades pédestres (Ermetonsur-Biert le 18 juillet, Weillen le 8 août), les promenades en car (Châteaux et châteaux-fermes).

Suivant le rapport financier, les recettes se sont élevées à 594.813 francs et les dépenses à 543.037, soit un excédent de 51.776 francs.

Un long échange de vue a pour sujet l'impression et la distribution du Molignard dont les dépenses excèdent les recettes de 100.245 francs. Le coût de l'impression et de la distribution augmente alors que les recettes publicité diminuent.

Un pressant appel est adressé à ceux qui reçoivent gratuitement Le Molignard pour qu'ils participent aux frais ; le montant de leur participation, si minime soit-il, sera le bienvenu.

Le programme des activités 1983 comprend les mêmes points que ceux de 1982. Le Molignard paraîtra trimestriellement, l'exposition annuelle au château-ferme de Falaën aura pour thème « la ferme d'antan », les promenades pédestres guidées auront lieu le 17 juillet à Stave et le 7 août à Warnant, les promenades en car les 31 juillet et 21 août.

Les budgets pour la réalisation de ces activités s'élèvent à 652.000 francs de recettes contre 655.000 francs de dépenses, soit un solde déficitaire de 3.000 francs.

Les dates à retenir

17 juillet: promenade pédestre guidée à Stave.

31 juillet: promenade en car dans les vallées.

7 août : promenade pédestre guidée à Warnant.

21 août : promenade en car dans les vallées.

 

Le Mot du Kinket (Onhaye)

Les membres de l'A.S.B.L. « Li Kinket », centre de loisirs et de culture de la Commune d'Onhaye, veulent s'associer à la joie de tous ceux qui' fêtent ce 10e anniversaire et féliciter tous les collaborateurs du « Mollignard ». Cette revue est non seulement agréable et intéressante à lire on y apprend bien des choses sur notre région - mais elle joue un rôle très important : celui de nous faire aimer notre environnement. Nous lui souhaitons longue vie encore et toujours bonne collaboration entre nous.

 

Nos activités :

Le dimanche 24 avril : promenade des enfants, organisée avec l'aide d'un Comité d'enfants des 7 villages.

Rendez-vous à 14 h à la Forge à Weillen.

En juillet-août : exposition au Château-Ferme de Falaën d'œuvres d'artistes et artisans de la commune.

Appel est lancé à tous.       

La LUDOTHÈQUE est toujours ouverte à tous le samedi de 9 à 12 h. Elle voyage en ce moment de village à village. Renseignements a u 081/69 91 62.

La BIBLIOTHÈQUE - filiale de la Bibliothèque de Dinant - est ouverte : le mercredi de 14 à 16 h ; le vendredi de 18 h 30 à 20h30. Local : au-dessus de l'Ecole communale de Falaën, rue de la Gare.

 

AU TABLEAU DES MANIFESTATIONS ERMETON-SUR-BIERT

Le Comité pour la Défense de l'Environnement d'Ermeton-sur-Biert organise. les 27, 28, 29 et 30 mai dans la salle Eddy Neyt une exposition ayant pour thème : « Les beaux coins de l'entité de Mettet ». Des peintres, des aquarellistes, des photographes, des dessinateurs ont promis leur collaborateur à cette manifestation artistique. Nul doute que la plupart des habitants des différents villages de l'entité voudront venir reconnaître parmi les oeuvres présentées un coin qui leur est cher.

Renseignements : A. Wiame, 5644 Ermeton-sur-Biert. Tél. 071/72 74 40.

 

STAVE

La Régionale de Namur de la Ligue des Familles invite ses sympathisants et tous ceux qui aiment la nature à une marche dans les sites remarquables de la région de Stave.

Cette manifestation aura lieu le samedi 14 mai avec comme point de ralliement la salle « Les heures Saines » à partir de 12 h. Des circuits de 5, 10, 15 et 20 km seront balisés. Des repas seront servis à un prix démocratique (100 F et 150 F).

M. DEREINE, secrétaire du S.I. Molignée-Flavion, prendra en charge un groupe que l'histoire intéresse, de 14 h à 16 h, sur 5 km.

Des prix importants récompenseront les plus généreux et les plus méritants.

Renseignements : H. de Hennin Saint-Gérard. Tél. 071/79 96 57.

 

CODE DU RANDONNEUR

Aime et respecte la nature

Ne trouble pas son silence

Ne la détruis pas

Ne la salis pas

Ne cueille ni fleurs, ni plantes

Ne dérange pas les animaux

N'effraye pas les troupeaux

Referme les clôtures

Ne piétine pas les sous-bois

Ne fume pas en forêt, n'y allume pas de feux

Reste sur le sentier

Respecte et connais le monde rural

Ne néglige pas les contacts humains

Prends soin du bien d'autrui, comme du tien.

Extrait de LA GODASSE.

 

 

Rappelez-vous que

Avril

Samedi 30: FLAVION Bal du Muguet.

Dimanche 22: FLAVION Marche ADEPS.

Samedi 28 : ST-AUBIN - Fête scolaire.

1 mai 1983. - Jumelage Onhaye Le Tholy, à Onhaye.

8 mai 1983. - Promenade Ostemerée.

Juin

Samedi 11 FLAVION - Bal.

Dimanche 19, lundi 20 : CORENNE Fêtes communales.

26 juin 1983 - Procession Saint-Pierre à Serville.

Renseignements : S.I. ONHAYE.

 

Anthée

Le château de Fontaine

« Fontaine » est le lieu-dit d'Anthée qui s'étend au sud de la localité, à droite de la route d'Hastière et dénommé ainsi à cause de l'existence d'une fontaine qui, de l'avis de géologues, pourrait être une résurgence du Floyon dont les eaux coulent dans la vallée située au nord du village. A notre connaissance, cette hypothèse n'a jamais été vérifiée par la coloration des eaux du ruisseau. Cette fontaine, « sans fond » d'après une légende, coule en permanence. Ses eaux fraiches alimentent un étang ainsi que les fossés entourant le château qui fut construit à proximité. Ce dernier fera l'objet du présent article.

Au milieu du Ban d'Anthée se trouvait jadis la seigneurie de Fontaine relevant du château d'Agimont. Il est peut-être utile de rappeler1 qu'après le décès de son frère Henri, Jean I, comte de Looz, devint propriétaire de la terre d'Agimont. A cette époque la dignité du châtelain d'Agimont était déjà constituée en fief héréditaire. Elle était tenue par un seigneur du nom de Michel comme nous le révèle une charte donnée par ledit Jean I2.

Michel, châtelain d'Agimont, s'était marié deux fois. Sa première femme, Alix de Baîleux, lui avait laissé deux fils : Ponchelet et Jean. De la seconde, Marie de Sceuves, naquirent Michel et Baudry. Pour prévenir tout désaccord entre ses enfants, Michel régla entre eux sa succession le 3 juin 1275 en présence de Jean I, comte de Looz et sire d'Agimont, son suzerain, assisté de ses hommes féodaux. Il conféra à Ponchelet, son fils aîné, le fief de la châtellenie d'Agimont en s'en réservant l'usufruit et le droit de l'aliéner si une nécessité impérieuse l'y forçait. Investi du fief, Ponchelet en fit hommage au comte Jean de Looz puis il assigna à ses deux -demi-frères Michel et Baudry, la partie du fief située au-delà des ruisseaux de Feron et d'Hermeton, vers le village et le ban d'Anthée et consistant en ban et justice dudit Anthée, en maison, terres arables, prés et bois vers Rosée et Lautenne, en cens, rentes et autres revenus, sauf bien entendu, les droits que s'y réserve le père et sauf aussi que Michel, fils, aura en pleine propriété par anticipation, la maison du père située à Fontaine. Ponchelet obtint en réalité la partie de la terre d'Agimont qui s'étend en deçà desdits ruisseaux. Jean, son frère germain, fut doté selon la loi et la coutume du pays. Notons, au passage, que le Prince-Evêque de Liège ainsi que le comte de Namur possédaient des droits sur la seigneurie de Fontaine considérée dès 1289 comme dépendance du ban d'Anthée et comme arrière-fief d'Agimont. Un décret du souverain bailliage de Namur (reg. n° 89, f° 319, V°), du 1er juillet 1669 confirme que la seigneurie de Fontaine relevait effectivement du château d'Agimont.

C'est donc sur l'emplacement de l'ancienne demeure du seigneur de Fontaine que fut construit cet imposant château de la localité. Il date des XVe et XVIe siècles. Isolé de toute part, au centre d'une dépression boisée, « le château de Fontaine, comme l'écrit Gaillot à la fin du XVIlle siècle, est situé dans un vallon rétréci par deux chaînes de collines dont les unes sont garnies d'agréables boccages, les autres de terres cultivées, de vergers et de paturages, par où, en montant insensiblement, on va se rendre dans d'agréables bois qui s'étendent jusqu'à la cime ; il ne laisse pas d'être un agréable séjour. Le vallon que forment ces hauteurs est un des plus rians par l'émail de ses prairies, la quantité d'arbres fruitiers qui y sont plantés avec ordre et cultivés avec soin, et par les deux points de vue agréablement bornés qu'il offre aux yeux du spectateur, auxquels il n'échappe aucun des objets nombreux et agréablement variés de ce paysage. »3.

Nous ne pouvons passer sous silence l'admirable article de Jean-Louis Javaux paru dans « Le grand Livre des Châteaux de Belgique »I qui nous donne une description soignée du château de Fontaine et dont nous nous inspirerons largement. La demeure seigneuriale est bâtie sur un vaste quadrilatère aux sommets duquel s'élèvent trois tours circulaires ainsi qu'une tour carrée au nord-est. Une cour aux dimensions respectables sépare l'édifice d'une ferme en U située à l'ouest. De magnifiques jardins à la française s'étalent sur les terrasses de droite et de l'arrière. Ils comblent d'anciens fossés. Remacle Leloup nous a laissé un dessin remarquable réalisé vers le milieu du XVIlle siècle donnant de l'ensemble une idée assez fidèle de cette construction massive qui subit d'importantes transformations avant la première guerre mondiale.

Seule la tour carrée de 8 m de côté, servant de donjon au moyen-âge aurait été intégrée dans la maçonnerie du château au XVIe siècle. Ce vestige flanqué au nord-est devait comporter primitivement quatre niveaux. Des moellons de calcaire forment le matériau principal des murs opaques de cette tour dont l'épaisseur excède les deux mètres à la base. La partie supérieure de ce donjon, plus éclairée au moyen de petites fenêtres rectangulaires a été amputée des jambages monolithes et des linteaux en mitre qui garnissaient ces derniers. On en dénombrait deux au nord, une à l'ouest et une à l'est. A mi-hauteur, une rangée de quatre corbeaux en quart de rond assez rapprochés s'insère entre le deuxième et le troisième niveaux. Les spécialistes se perdent en conjecture au sujet de la présence de ce motif architectural.

Cette tour est l'un des sommets d'un imposant tétragone sur lequel fut construit le manoir de Fontaine comprenant deux niveaux et trois tours circulaires en pierre calcaire. Les murs extérieurs n'avaient que très peu d'ouvertures avant la restauration de cette fortification bastionnée conçue pour résister aux armes à feu. La façade occidentale se dresse entre deux grosses tours massives de plan circulaire. Chacune d'elles, voûtée d'un lourd berceau au rez-de-chaussée, supportait un troisième niveau en encorbellement.

La tour du sud-est, légèrement plus mince que les premières possède un niveau supplémentaire en brique reposant en saillie sur des consoles moulurées entre lesquelles des machicoulis ont été prévus. Mais cet aménagement datant probablement du début de ce siècle ne figure pas sur le dessin de Remacle Leloup.

Archéologiquement parlant, il est regrettable que certaines transformations des XVIle et XVIlle siècles aient disparu lorsque le château subit en 1910 les importantes modifications dont nous parlerons plus loin.

A qui appartint le domaine de Fontaine et par qui le château fut-il habité successivement ? A notre connaissance, on peut citer :

Dame Yde de Fontaines, li Meresse d'Anthée (vers 1289)5.

Aelis d'Oignies, Dame de Fontaine et du Ban d'Anthée, qui épousa, en 1437, Jean de Senzeille, seigneur de Daussois6.

Jacques de Senzeille, Vicomte d'Aublain, seigneur de Mainilglise, Daussois et d'Anthée, grand Bailli de Namur et Capitaine du Château, marié à Mademoiselle Agnès de Berghes, décédés respectivement le 16 mai 1524 et le 20 octobre 1535 7.

Le château fut habité par le seigneur de Hoemen en 16268.

 

Philippe IV, roi d'Espagne, céda par engagère le quart (les trois quarts mouvaient du château d'Agimont) de la seigneurie du Ban d'Anthée pour 2.800 florins payés le 12 novembre 1626 à9 :

1. Gérard de Groesbeek (relief 4 mai 1635) ;

2. Jacques, comte de Groesbeek et Utermeling, petit-fils du précédent. Il vendit Anthée, le 1er, avril 1668 à

3. Fr. de Boisschot, comte d'Erps

4. Ch.-Fr. de Boisschot, fils du précédent, vendit la seigneurie le 23 octobre 1731 à

5. Pierre Jacquier, de Fontaine, écuyer, marié à Madame Jeanne Marguerite Godart, Toparque de Fontaine, Gochenée et du Ban d'Anthée, décédé le 12 juin 1732.

6. Jacques-Gabriel, baron de Jacquier, petit-fils de Pierre (relief 18 juillet 1736) époux de Marie, comtesse de Wignacourt (relief d'usufruit le, février 1744).

7. Laurent-Antoine, baron de Rosée, petit-fils mineur des précédents 50 (relief 16 décembre 1766).

La famille de Jacquier de Rosée vendit le château de Fontaine a à comte de Robiano en 1840.

Sa fille, Jeanne, épouse du baron Gustave de Senzeille, en devint l'héritière mais n'ayant pas d'enfant, elle le laissa au Comte Fernand de Beaufort. Celui-ci le vendit en 1907 au vicomte Eugène de Jonghe. Par héritage, le château devint la propriété de son gendre, le baron René Boël, industriel. Ce dernier le céda enfin à M. Swaelens. Il en est le propriétaire actuel. Cette demeure seigneuriale fut d'abord convertie en hôtel-restaurant puis divisée en appartements dont certains ont été acquis par différentes personnes.

S'engouant de l'architecture médiévale, le vicomte Eugène de Jonghe envisagea les importantes transformations du château lors de sa restauration complète avant la première guerre mondiale. Le plan de l'ensemble a été pratiquement conservé. Les murailles extérieures furent percées pour laisser pénétrer plus de lumière. De nouvelles fenêtres à croisée et de nombreuses baies furent aménagées à cet effet tout en respectant une certaine symétrie. L'aile sud fut supprimée pour mieux éclairer la cour centrale ou cour d'honneur. Les grosses tours de la façade occidentale furent rehaussées. La tour carrée dont l'étage supérieur restauré en partie pour être surmonté d'un niveau aveugle, fut couverte au moyen d'une imposante toiture pyramidale. L'intérieur du château fut décoré avec des boiseries Régence et d'autres en noyer du XIXe siècle. Des cheminées gothiques et baroques furent ajoutées pour garnir différentes salles.

La ferme se trouvant à l'ouest n'a pas été épargnée au cours de cette restauration. Elle fut probablement bâtie au XVIIIe siècle comme semble l'attester la fidèle « restitution » des portes des établies dans chaque aile latérale. L'ancien corps de logis et la grange dont la clé du portail surbaissé indique la date de 1714 encadrent le porche d'entrée qui n'avait jamais été conçu de la sorte. Les travaux réalisés au début de ce siècle se sont concrétisés par l'adjonction d'une galerie en brique à la partie supérieure du porche dans laquelle des rainures furent aménagées pour rappeler les glissières d'un pont-levis et par la construction de trois tourelles circulaires se détachant des murs de l'aile gauche de la ferme. Leur base est en pierre. Elles se terminent par une maçonnerie en brique surmontée d'une toiture conique.

Signalons enfin que les terrasses situées au sud et à l'arrière du château charment l'œil qui contemple de beaux jardins à la française. Quatre grands parterres sont entretenus avec soin. L'un d'entre eux reproduit avec une fidélité remarquable, grâce à ses buis taillés, le motif du dessin qui ressort du pavement de la cour d'honneur. A l'ouest, une magnifique allée qui longe le potager emmuraillé va se perdre dans les grands bois d'une superficie de 262 hectares.

Les personnes âgées du village que nous avons connues dans notre enfance nous contaient que la fontaine bordée d'arbres et de laquelle s'écoule continuellement une eau fraîche et limpide est une fontaine sans fond. Le châtelain d'une certaine époque y aurait trouvé la mort en rentrant de voyage. Son carrosse attelé de plusieurs chevaux s'égara dans l'épaisse obscurité et s'engouffra dans les eaux profondes. Des sondages furent effectués en vain. On prétend que, depuis lors, la fontaine n'attire personne vers ses bords mystérieux. Elle serait même redoutée du passant qui se promène dans ce coin paisible. C'est sans doute la raison pour laquelle on planta une couronne d'arbres entrelacés de charmes afin de constituer une ceinture protectrice isolant cet endroit dangereux. Nos mamans nous racontaient aussi volontiers cette histoire pour nous dissuader d'aller rôder dans ces parages et de nous y noyer par imprudence.

Jean COLLARD.

1 Chartes namuroises inédites (Seconde série : ASAN, T. XXIV, page 361), ainsi que ASAN, T. XXVII, pp. 256, 257 et 261 à 264.

2 Original sur parchemin, les quatre sceaux enlevés, aux Archives de l'Etat à Namur.

3 Gaillot - Histoire générale, ecclésiastique et civile de la Ville et Province de Namur. Tome IV, pp. 52 à 56. - Liège 1789.

4 Jean-Louis Javaux - Article publié dans Le grand livre des châteaux de Belgique. -Tome 1 - Châteaux forts et châteaux-fermes P. 113.

5 L'Administration et les Finances du Comté de Namur du XIIIe au XVe siècle. Sources-11Cens et Rentes du Comté de Namur au XIlle siècle - publiés par P.-P. Brouwers, Tome Il (21 partie) pp. 342 à 347 inc. – Namur : Wesmael-Charlier, Editeur, 1911.

6 Vitraux de l'église d'Anthée, détruits en 1940 (inscription).          

7 Eglise d'Anthée : pierre tombale encastrée dans le mur,

8 Anthée - Registres paroissiaux conservés aux Archives de l'Etat à Namur.

9 ASAN - Tome XXII, pp. 14 et 15.

 

GEORGES DEKONINCK, SCULPTEUR

Georges Dekoninck est né en 1895 dans une dépendance du château de Moulins, où son père était employé comme jardinier. Sa mère décédée presque aussitôt, il est en grande partie bercé puis élevé chez un oncle à Warnant.

En 1908, son père l'inscrit à l'Ecole de métiers d'art qui vient de s'ouvrir à Maredsous où s'affirment de suite son talent et son goût pour l'art. N'ayant pu, en raison de la grande guerre, terminer les sept années prévues, il reçoit néanmoins en 1915, un certificat qui atteste le grand succès avec lequel « il s'est assimilé les leçons théoriques et pratiques du programme de la section de sculpture ».

Après la guerre, il est engagé comme sculpteur aux ateliers d'art que le Chapitre de l'Abbaye avait décidé de créer. Il donne également des cours de géométrie, de dessin, de modelage et d'anatomie à l'école professionnelle de l'Abbaye.

En 1922, il épouse Anne Marchal, fille d'un ancien instituteur de Warnant. De leur union naîtront huit enfants.

Jusqu'en 1933, Georges Dekoninck sculpte le bois à Maredsous et s'attache à réaliser minutieusement les travaux commandés aux ateliers de l'Abbaye et qui lui sont confiés. Deux raisons principales vont alors le pousser à changer de vie : d'une part, la diminution du nombre de commandes de statues aux ateliers - nous sommes au début des années 30, c'est la crise ! -, d'autre part, le désir de plus en plus ardent de s'installer à son propre compte comme sculpteur prend le dessus et en 1933, il quitte Maredsous. Il continuera néanmoins de sculpter tout au long de sa vie pour les ateliers d'art.

Mais le métier de sculpteur n'est pas rose à cette époque. Le travail manque également. Aussi, pour subvenir aux besoins des siens, il trouve un emploi de contremaître aux usines à cuivre de Moulins, où il travaille jusqu'en 1945, année où son rêve est réalisé enfin : devenir sculpteur à part entière.

C'est à partir de ce moment que son génie créatif va surtout pouvoir s'exprimer. Depuis la fin de la guerre jusqu'en 1958, année de sa mort, vont jaillir de ses mains, des œuvres merveilleuses, d'une grande originalité, d'une finesse et d'une simplicité émouvantes. On reste, en effet,  plein d'admiration devant la beauté, la sensibilité, l'expression du visage et des gestes des différentes statues de la Vierge, de St-Joseph, de St-Augustin ou de St-Benoît. Les nombreuses têtes de Christ, couronné d'épines, sont uniques en leur genre. D'autres innombrables statues, de toutes les tailles, représentant presque tous les saints et saintes vénérés dans nos régions, ornent beaucoup d'églises de notre pays. On pourrait dire que pratiquement tout le Paradis est passé par ses mains.

On le constate, la plupart de ses œuvres sont de caractère religieux. Il sculptait surtout le bois, mais aussi la pierre tendre. Régulièrement aussi il collaborait avec d'autres artistes de Warnant, comme Léon Minet ou Edmond Biot, qui étaient tailleurs de pierre.

En plus d'être un artiste - sculpteur, mais aussi musicien -, Georges Dekoninck était un homme de grand cœur et témoignait d'une foi solide. C'est certainement cette foi, s'affermissant au fil des ans, qu'il a voulu exprimer dans toutes ses œuvres.

 

Si..

Si dji d'vêreûve aveûle

Maîs qui dj'aureûve one mwin

Po m'mwinrner su I'montéye

Qu'èva è nosse djârdin

Dji né l'sèreûve qu'à d'méye

Si dji d'vêreûve aveûle

Ca s'reûve mwins' disbautchant

Tant qu'dj'aureûve mès-orèyes

Po-z-ètinde li babèye

Di mès deûs p'tits-èfants

Si dji d'vêreûve aveûle

Et plu m'achîre su I'meur

Quand l'rôsî è-st-è fleûrs,

Sokyï dins leû-z-odeûr,

Ça n'chonereûve pus si seur

Si dji d'vêreûve aveûle

Et-z-ètinde autoû d'mi

Lès mouches à mièl zûner

Dji saureûve qu'à mès pÎds

Gn-a l' bowéye di pilé,

Dj'îreûve bin sûr tot drwèt

Ausès nwârs grusalîs

Po frochi dins mès dwègts

Lès fouyes au goût d'cassis 1

Dj'è 1'trouvereûve, li cièrfouy

Au r'cwè do cèréjî

Et dj'îreûve sins m'brouyi

Jusqu'au rèclôs dès pouyes

 

Plaî-st-à Diè qu'dj'aude mès-ouys

Et dji m'dis bîn sovint

Tot choûtant on cizèt

Tchanter à nosse djârdin

Qu'i r'mèrcîye li Bon Diè,

Qu'li p'tit mouchon faît l' bouye

Dès cias qu'nè l'faîyenut nin !

D. MATHOT.

 

Qui 'étaient les fondateurs de l'Abbaye de Maredsous ?

Il y a onze ans qu'a été célébré le centenaire de l'Abbaye de Maredsous. On a rappelé à cette occasion le rôle que jouèrent ses fondateurs Messieurs Desclée. Si cent ans plus tard on connaît certains de leurs descendants vivant à Maredsous et aux alentours, on peut se poser la question : quels étaient ces personnages qui eurent l'audace et la générosité de promouvoir la réalisation d'un tel monastère et de favoriser ainsi le développement économique et social de notre région.

Henri-Philippe Desclée et ses fils Henri et Jules entreprirent cette grande tâche. Descendant d'une famille établie de très longue date dans le pays de Péruwelz (Hainaut) Henri-Philippe naquit à Valenciennes (Fr.) le 10 mars 1802 où son père possédait des salines, ancien nom qui veut dire aujourd'hui « savonnerie ». A l'âge de cinq ans, il perdit son père. Mis en pension, lui et son frère purent poursuivre leurs études jusqu'au niveau universitaire grâce à la réalisation de leurs biens (docteur en droit de l'Université de Gand en 1928, études scientifiques à Leide - NI). Il s'établit à Tournai et épousa Mlle Appoline Semet qu'il eut le malheur de perdre après huit ans de mariage. Henri-Philippe ne se remaria pas. Il avait trois enfants, Henri qui suit, Pauline devenue religieuse clarisse, et Jules qui suit.

Henri-Philippe, extraordinairement actif et entreprenant, eut de multiples initiatives sur le plan industriel, p. ex., il créa à Roubaix (Fr.) la première fabrique de gaz d'éclairage qui ne fut pas britannique et développa cette nouvelle source d'énergie en diverses régions de Belgique. Il fit partie des volontaires tournaisiens qui montèrent à Bruxelles lors de la révolution de 1830.

Il avait acquis la propriété de Bois-le-Couvert (Serville) puis celle de Maredsous où il souhaitait passer ses vieux jours, loin de l'agitation des affaires. Très pieux il désirait avoir près de lui une communauté religieuse. Maredsous étant loin de tout, faute de communications, il n'y avait pas d'autre solution que de la faire venir. Les Franciscains, sollicités en premier lieu, déclinèrent l'offre. Il fut alors décidé de construire un monastère bénédictin. Malheureusement, avant d'avoir pu réaliser ses vœux, Henri-Philippe mourut à Tournai le 28 septembre 1873, alors que les murs de l'abbaye commençaient à s'élever.

Henri Desclée, né à Tournai le 22 mai 1830, docteur en droit de Louvain, poursuivit avec son frère Jules le développement des entreprises fondées par leur père. Ensemble ils s'attachèrent à l'achèvement de l'abbaye et à l'environnement de celle-ci par de multiples plantations forestières; la création de routes, l'ouverture de chemins, etc. Ils fondèrent à Tournai l'imprimerie et les Editions Desclée, spécialisées dans le livre religieux (bibles, bréviaires, missels, chants grégoriens, etc.) puis à Bruges l'imprimerie et les Editions Desclée-de Brouwer (éditions profanes et pour la jeunesse).

Homme d'œuvres, Henri Desclée milita dans le parti catholique et prit une grande part au mouvement de défense du Pape et de l'Eglise particulièrement attaqués à cette époque par un anticléricalisme militant. Associé à son frère Jules, il développa l'édition de journaux et de périodiques, parmi les plus Célèbres Le Courrier de l'Escaut (actuellement le plus ancien journal de Belgique) et Le Courrier de Bruxelles aujourd'hui disparu. Il mourut au château de Maredsous le 15 février 1917. Il eut huit enfants.

Jules Desclée, né à Tournai le 9 juillet 1833, poursuivit avec son frère les tâches décrites ci-dessus. Il s'engagea dans les Zouaves Pontificaux pour défendre le Pape assailli de toute part en Italie. Il s'illustra dans ces campagnes, y conquit le grade de capitaine et fut grièvement blessé. La chronique rapporte qu'au cours d'un corps à corps, totalement désarmé, il fut assailli par un officier garibaldien, le capitaine Desclée n'eut d'autre ressource que d'inonder son adversaire d'injures violentes et bruyantes. Celui-ci en fut tellement terrorisé qu'il manqua son adversaire au pistolet à bout portant.

Homme d'œuvre efficace, Jules Desclée consacra une partie de ses activités à l'établissement et au développement d'œuvres caritatives dans le Hainaut occidental spécialement. Il mourut à Tournai le 21 août 1911. Il avait eu six enfants.

Les descendants des fondateurs de l'abbaye furent autorisés par le roi Albert d'adjoindre à leur nom les mots « de Maredsous » en reconnaissance pour les éminents services rendus au pays par leurs pères et grand-père.

 

RECHERCHES SUR LA DENOMINATION DES COURS D'EAU MOLIGNEE ET FLAVION (suite)

D. MAREDSOUS

Maredsous, pendant l'ancien régime est situé dans le comté de Namur et relève du bailliage de Montaigle1 ; le comte de Namur y possède la justice (haute, moyenne et basse), droit de mortemain, confiscations, amendes, afforages, pennage des porcs, droits seigneuriaux (20e denier), taille de Saint-Remy (2 stiers d'avoine et 14 sols en argent), la chasse et la pêche2. La totalité des biens entre les mains de particuliers3 comprenaient 360 bonniers (1 bonnier : + 95 ares) de terres, bois et prés, une ferme de 2 1/2 charrues (1 charrue : 10 bonniers à la roye ou 30 bonniers en assolement triennal), 5 à 6 bonniers de bois communaux.

Lorsque l'argent fit défaut pour la continuation de la guerre contre les Provinces Unies, Philippe IV approuve le 30 mai 1625 un projet de vente de seigneuries à titre de gagère dont les conditions sont publiées le 26 octobre 1626 4.

La seigneurie de Maredsous mise en vente le 6 juillet 16715 n'est pas engagée : le receveur de Bouvignes conseille de ne pas l'adjuger parce que le prix offert (1 000 florins) par Cornelius Thomas, receveur de l'Evêque de Namur, était insuffisant, la valeur de la seigneurie étant estimée à 2 500 florins. Elle ne sera engagée que le 31 octobre 1755, et pour 460 florins seulement, à Marie Anne Tamison de Boing, veuve de Louis de Fumal.

Le comte de Namur y exerce le droit de pêche jusqu'à cette date. La pescherie est remise à ferme pendant un terme de trois années au plus offrant et dernier enchérisseur, comme il est généralement pratiqué pour les autres biens du domaine du comte.

La pescherie de la seigneurie de Maredsous est englobée dans celle du rieu de Flaon qui est louée en un seul lot6 jusqu'au 15 novembre 16607 : la pescherie du rieu de Flayon est à la proclamée du 15 novembre 1660 passée en quatre portions, la quatrième étant entre Maharenne et Maredret est demeurée à Jean Fabri de Bouvignes à quarante sols par an8.

La pêche de Maredsous sera louée par le comte de Namur jusqu'au 30 octobre 1755, date à laquelle elle appartient à Marie Anne Tamison en sa qualité de seigneur hautain de Maredsous.

(à suivre)

G. DEREINE:

 

1 Dans le bailliage de Montaigle, le châtelain reprenait toujours l'office de bailli.

Le bailliage comprenait au XVe siècle douze villages (dénombrement de 1406, le plus ancien connu) : Faing (Foy), 4 feux. - Salley (Salet), 5. - Annevoie et Rouillon, 10. - Vauls et Huarnant (Haut-le-Wastia et Warnant), 6. -Maherines (Maharenne), 1. - Marendrechoulles (Maredsous), 4. - Molin (Moulins), 2. - Pont, 1. - Fainglaens (Falaën), 10. - Montaigle, 3. - Hun, 5. - Menre (Mnère), 1.

En outre, un alleu : l'abbaye de Moulins.

A. Bequet, Montaigle, dans A.S.A.N., t. 6, p. 134.

2 D. D. Brouwers, L'administration et les finances du Comté de Namur du XIIIe au XVe siècle. Sources. Cens et rentes, tome

p. 128. Namur, 1910.

H. de Radiguès, Les seigneuries et terres féodales du Comté de Namur dans A.S.A.N., t. 22 (1895), p. 334.

 

3 Dom U. Berlière, Les terres et seigneuries de Maredsous et Maharenne, pp. 51 -94.

Abbaye de Saint Benoît de Maredsous, 1920.

4 La seigneurie engagée était constituée de terres appartenant au domaine qui sont érigées en seigneurie moyennant versement d'une somme, mais à la condition expresse du droit de rachat par le prince. L'engagement donne au vassal la jouissance des droits seigneuriaux et notamment celui de la justice.

J. Bormans, Les fiefs du Comté de Namur, pp. 110-111. Namur, 1875.

5 H. de Radiguès, op. cit., p. 334.

6 Voir notamment A.G.R., Chambre des Comptes, n° 10 516 (1480-1481), f° 67 et comptes suivants.

De 1480 à 1497, aucun amateur ne fait offre. L'Abbaye de Moulins loue ensuite la pêche pour un terme de 3 années commençant le le, mai 1497 moyennant un loyer annuel de 8 patars. A.G.R., Chambre des Comptes,n° 10 534, f° 74.

7 A.G.R., Chambre des Comptes, n' 10 680, f° 224v.

8 Les trois autres portions sont la première qui est celle d'entre les seigneuries de Moulin et Montaigle là Ville et sans aller sur l'autre ruisseau venant de Sosoie ; la deuxième portion prenante à la fin jusque à la seigneurie de Sosoie ; la 3e depuis la seigneurie de Run jusques aussy haut que Sa Majesté at droit de pesche en desoub la seigneurie de Hastières.

 

Une reprise dans le petit commerce ?

Récemment une nouvelle « Boucherie - Charcuterie » s'est ouverte à Onhaye centre.

Fait banal diriez-vous si nous ne connaissions pas la crise et si, chose assez surprenante, la « tenancière » (vous avez bien lu !) n'était qu'une jeune fille de 18 ans.

 

Nous avons voulu en savoir plus...

 

Mlle Anne Collignon, quelles sont les raisons qui vous ont incitée à vous installer comme indépendante par les temps qui courent ?

A.C. - Tout d'abord, c'est l'existence d'un marché potentiel puisque nous ne sommes que deux bouchers à la disposition de plus ou moins huit cents personnes et d'autant plus qu'on assiste à un regain d'intérêt pour les petits commerces et surtout pour une certaine qualité en ce qui concerne les produits d'alimentation.

Au niveau des produits, que pouvez-vous proposer à vos clients ?

A.C. - Tout d'abord des viandes soigneusement sélectionnées directement chez l'éleveur et une gamme de charcuteries entièrement artisanales, mes salaisons, par exemple, et cela pour des raisons pratiques sont fabriquées chez un petit boucher du Brabant, qui est mon professeur et qui s'est spécialisé, si on veut. Il n'y a absolument aucun produit d'usine dans mon magasin. Toutefois, il existe un problème d'approvisionnement en volailles de qualité, mais là, toutes les propositions seront les bienvenues.

Quelle est pour vous la différence entre un produit artisanal et un produit d'usine ?

A.C. - La qualité de la marchandise employée est fondamentale dans la mesure où, pour faire prendre un certain aspect au produit de qualité moindre et pour le conserver plus longtemps, certains fabricants utilisent des procédés qui ne sont pas forcément les meilleurs pour la santé. Le plus connu est d'ailleurs l'emploi des phosphates dans le jambon cuit.

Comment peut-on reconnaître un jambon traité aux phosphates et un qui ne l'est pas ?

A.C. - Tout d'abord à la couleur, le premier est beaucoup plus rose et plus humide aussi. Ensuite un jambon non traité peut parfois présenter des taches jaunâtres qui ne sont qu'une forte concentration de sel à cet endroit.

Que pensent les clients lorsque vous leur vendez un produit sans phosphates par exemple ?

A.C. - En général, ils sont ravis puisque la tendance générale veut que le consommateur s'intéresse bien davantage à la qualité du produit qu'à sa présentation, sa couleur, etc...

A 18 ans qu'en pensez-vous, nous trouvons Anne bien courageuse et lui souhaitons bonne chance.

Une consommatrice heureuse.

 

Essais sur une étymologie

2. LA RUE DU PERY À FLAVION

Le Docteur Baudhuin, de Flavion, a soulevé le problème de l'origine du nom de certaines rues du village : Cobut, Corne et plus précisément de la rue du Péry. Sans être spécialiste en la matière, il a remarqué que des rues du Péry existent aussi ailleurs, notamment à Liège, et suivant ses constatations, ces rues commençant par la lettre P sont souvent des chemins qui quittent la localité en montant.

Sans être non plus spécialiste, j'ai pris l'habitude pour ce genre de recherches de me référer à notre vieille langue wallonne et à ses dérivations.

Dans cette direction, on peut penser à deux possibilités d'origine :

1. Il existe dans notre dialecte le mot PEÛRE = poire ; PÉRI, PEURI ou PÉRI = poirier.

Collectionneur d'anciennes cartes postales des vallées du Flavion et de la Molignée, j'ai constaté que beaucoup de vieilles maisons possédaient leur poirier en espalier contre le mur. D'où une possibilité de retrouver dans l'origine de PERY, l'idée d'une rue où se trouvaient beaucoup de poiriers.

2. On peut aussi se référer, toujours dans notre bon dialecte, aux mots

a. PIRE = pierre - PIRAIEZ (pluriel)= pierraille.

b. PÉRI, PÉRI, PEREIE, PIERIRE = perriere = carrière = la rue de la carrière d'où l'on a extrait une partie des pierres pour la construction des maisons de la rue et du village.

3. Maintenant, si l'on se réfère à l'idée d'une rue qui monte et qui quitte le village, je verse au dossier les informations suivantes :

En France :

a. En Auvergne, nombreux sont les lieux dénommés PUY et qui désignent toujours un sommet où l'on trouve souvent trace d'une très ancienne civilisation ;

b. En Aquitaine (Bordeaux) beaucoup de « hauteurs » sont dénommées PEY. Il se trouve à Montussan-Yvrac, un vignole réputé qui se nomme Clos de PEYRON et qui occupe aussi un point culminant régional.

En ce qui me concerne, je pencherais pour la solution no 2, pour deux raisons :

1) Il est à remarquer qu'en wallon, la désinence (élément grammatical qui se présente à la finale d'un mot) IER devient Y après avoir passé par IR. Suivant des anciens écrits : PERARIUM (en 868) = PERIERS (en 1152) = PERIRS (en 1771) et finalement PRY pour PERY (nous n'en sommes donc pas encore au bout de l'évolution pour l'orthographie de notre rue) ;

2) Il existe encore à la rue du PERY près du terrain de football, les vestiges d'une carrière qui, au fil des ans, a été comblée par des débris que les habitants y ont apportés.

Il ne faut pas non plus écarter l'existence possible, dans des temps très anciens, de la présence de mégalithes tels que menhir, dolmen ou autres sur les hauteurs du PERY. On ne peut pas non plus ignorer la chaussée romaine là toute proche et qui pourrait avoir aussi une analogie avec le mot PERY (chaussée empierrée).

En conclusion, une certitude : le mot PERY doit être associé à l'idée de PIERRE.

 

COMPTINES D'ICI ET D'AILLEURS

Un lecteur nous écrit :

« A la page 10, comptines d'ici et d'ailleurs, Molignard n' 1, je trouve : la chanson de « trouffion » qui commence par : 11 et 11 çà fait 22, régiment de crapuleux. Je connais seulement ces mots, mais je sais que certains soldats wallons pendant la guerre 1914-1918 les chantaient aussi.

L'origine de la chanson vient des faits suivants : diminution des salaires : 5 %, émeutes des mineurs en 1868.

Voici les faits : à Dampremy, les grévistes envahissent le bureau du charbonnage de l'Epine, cassent les chaises, arrachent les tableaux de service, déchirent les livrets de travail abhorrés.

Dans la cour du charbonnage s'est déployé un détachement de soldats du 11e de ligne, commandé par le major Quenn. Celui-ci somme les manifestants de se retirer. On lui répond par un jet de pierres et d'objets divers. Les soldats battent en retraite, mais se trouvent menacés d'être lapidés. Le major Quenn perd son sang-froid et ordonne de faire feu. Vingt manifestants s'écroulent dans le sang, dix dont deux femmes sont morts, les autres sont grièvement blessés ! »

Un lecteur.

N.B. - Extrait du livre « La vie quotidienne en Belgique » par G.-H. Dumont (Librairie Hachette, 1974).

 

Lès fieûs d'awous' d'adon

Li portraît qu' vos vèyoz là a stî faît divant l'ôte guère. Qué candjemint dispû adon ! Faleut fautchi totes lès dinréyes à l' fau, ricoude, loyi lès djaubes èt lès stampè.

Po rintrè lès dispouyes à l' cinse, i gn-aveut co bin trwès tchaurs à quate tchivaus. On-z-ètasseut l' dinréye o l' grègne en ratindant l' machine à bate. On kèrdjeut l' dêrène djaube su l' tchaur avou on grand coucha po mostrè qu' l'awous' èsteut faît. A l' nêt, li cinsî payeûve à bwâre aus-ovrîs C'èst c'qu'on lomè adon : fè l'coq.

Lin cinsî d' Rostenne d'adon a mètu s' crèvate po v'nu veûy, à tch'fau, çu qu' lès-ovrîs ont d'djà faît dispû au matin. Vos pinseroz c' qui vos vôroz.

Vocabulaire :

LèS-ostèyes do fautcheû : fau, boyè, queû, èglumia.

boyè coffin.

Queû : pierre à aiguiser.

églumia : enclumeau.

Lès dispouyes : les récoltes.

Roger TABAREUX. 63

 

 

A PROPOS DE LA LIGNE 150

UN PEU D'HISTOIRE

Dans sa première année de parution, au n° 12 du mois d'avril 1879, le « Messager de Fosses » signale à ses lecteurs :

« Depuis plus de quinze jours, les travaux de pose du chemin de fer Tamines-Mettet sont arrêtés ; les billes manquent ! »

Puis en 2e page du même numéro « Au moment de mettre sous presse, nous apprenons que 2.000 billes viennent d'arriver. »

A partir de ce moment, les travaux se sont sans doute poursuivis sans désemparer puisque au n' 44 du 1er novembre 1879, le même hebdomadaire informe ses lecteurs : « Depuis que notre ligne de chemin de fer est ouverte à la circulation, les magasins de charbon pleuvent : trois à Fosses, deux à Bossière-St-Gérard et cinq à Mettet. »

« Les études du projet de chemin de fer de Mettet à Dinant par la Molignée se poursuivent activement. La première brigade d'ingénieurs qui a déjà son profil complet jusque Maredret, vient d'être renforcée de deux nouvelles brigades, lesquelles travailleront simultanément avec la première. Ce qui fait espérer que les études préliminaires seront terminées avant un mois.

Cette ligne aura probablement quatre stations : La première placée entre Furnaux et Ermeton desservira aussi Biesmerée. La deuxième, au moulin de Maredsous desservira Bioulx, Denée, Maredret et Sosoye.

La troisième, à Montaigle, desservira Falaën, Haut-le-Wastia, Salet, Foy-Marteau, etc.

La quatrième, à Anhée, gare de formation. »

Maintenant, nous savons que ce plan a été modifié quant aux stations, que les lignes Châtelineau-Mettet et Florennes-Ermeton sont venues se greffer sur la ligne 150 et qu'une ligne vicinale se ramifiant à Lesve joignait Namur soit à Bossière par St-Gérard, soit à Warnant par Bioul.

La ligne 150, à simple voie d'abord, connut un tel succès qu'on la doubla après la guerre 14-18.

Mais dans les années 60, elle fut trouvée d'abord peu rentable puis déficitaire et la rationalisation l'emportait dans le tiroir aux souvenirs en 1962 ainsi que toutes ses ramifications. Depuis, un réseau de bus assure les communications anciennement dévolues au chemin de fer.

ET MAINTENANT ?

La ligne 150 semble renaître de ses cendres, tout au moins entre Ermeton et Anhée. Le groupe de Charleroi de la S.N.C.B. a effectué la remise en état jusqu'au tunnel de Maredsous de l’unique voie, l'autre ayant été démantelée. Le groupe de Namur fait de même jusque Anhée.

ET DEMAIN ?

Une exploitation touristique de cette ligne « entretenue pour les besoins de la nation » semble très probable. L'a.s.b.l. « Molignée par rail » en a fait son objectif et nous lui souhaitons de réussir dans son entreprise de faire circuler des convois à la vitesse de 15 km à l'heure.

Une autre idée prend corps de plus en plus et est tout aussi importante. Il s'agit de dégorger la route de la Molignée en utilisant l'emplacement de la voie démantelée comme piste cyclable et piétonnière après aménagement de l'assiette solide existante.

Voilà des thèmes de réflexion pour des Syndicats d'Initiative comme le nôtre.      A. WIAME.

 

Pouvoir et vouloir

Pour le 10e anniversaire de la revue « Le Molignard », nous voudrions émettre quelques réflexions sur l'aménagement touristique de cette vallée de beauté qu'est la « Molignée ».

Lors du démantèlement ferroviaire de l'Entre Sambre et Meuse, personne n'a mesuré l'impact que la fermeture de cette ligne pouvait avoir sur le tourisme.

Il y a deux ans, à la création de l'A.S.B.L. « Molignée par Rail », nous avons appris que cette ligne était maintenue pour les besoins de la Nation, qu'elle serait entretenue et c'est chose faite. Le but poursuivi par cette A.S.B.L. étant de l'exploiter à des fins touristiques, la difficulté rencontrée est de « Pouvoir ».

Parallèlement à cette exploitation, nous proposons la création d'une piste cyclable et pédestre sur l'assiette de la 2e voie, afin de favoriser les promenades en toute quiétude et de relier la vallée de la Meuse à Ermeton-sur-Biert, plaque tournante routière. Nous ne pouvons ignorer l'élaboration par « Midden-Limbourg » de 16 circuits cyclables couvrant 400 km ; pourquoi pas chez nous quelques kilomètres facilement réalisables. Cette piste serait un attrait touristique supplémentaire pour notre région. Mais nous croyons à la même difficulté, celle de « Pouvoir ».

Vouloir, pour nous est peu de chose, la rencontre de fonctionnaires conscients du problème, et ayant la volonté de le résoudre est notre prochain objectif.                G.J.

 

J'aime la Molignée

Extrait de « Pardon Mettet »

Récit par Mme Léonce Collart

I

J'aime la Molignée et ses rives fleuries, Quand le soleil d'été en fait Lne féerie Et que les moissons d'or, les coteaux, les bosquets Semblent ne plus former qu'un immense bouquet L'eau claire, doucement, sous les vieux saules glisse Et baigne les prés verts au gré de ses caprices. Le murmure enchanteur de son petit ruisseau Rend plus mélodieux le doux chant des oiseaux, Derrière son troupeau, comme au temps des bergères, Une fille sourit et disparaît... légère, L'ensemble est si charmant qu'on s'arrête interdit, Car on croit entrevoir un peu du paradis... J'aime la Molignée et ses rives fleuries, Quand le soleil d'été en fait une féerie.

II

J'aime la Molignée et son aspect sauvage, Quand l'hiver est venu changer le paysage. Et que le manteau blanc qui couvre les clochers Monte, majestueux, au sommet des rochers... Sous le linceul d'argent jeté sur la vallée, On devine un foyer par un peu de fumée, Les chemins sont déserts, les paysans blottis, La vie semble cesser ou battre au ralenti, Mais le sentier neigeux parfois devient plus sombre, Des moines en priant passent comme des ombres Et leur robe de bure, où brillé-la croix d'or Rend l'imposant tableau plus émouvant encor J'aime la Molignée et son aspect sauvage, Quand l'hiver est venu changer le paysage.

IlI

J'aime la Molignée et sa rumeur joyeuse, Quand vient la contempler une foule rieuse. Le ravin retentit de rires et de cris, Chaque buisson devient un adorable abri, Des touristes venus parfois du bout du monde, Admirent le décor que le soleil inonde. Ils sont émerveillés devant tant de grandeur Et de ce lieu béni proclament la splendeur, On leur avait montré pourtant bien des merveilles, Mais la nôtre apparaît à nulle autre pareille Et près de l'étranger, ravi de sa beauté, Je sens battre mon cœur de joie et de fierté. J'aime la Molignée et sa rumeur joyeuse Quand vient la contempler une foule rieuse.

IV

J'aime la Molignée à l'heure où le soir tombe, Et que sur le ravin la nuit s'étend profonde. De Montaigle où jadis les preux sonnaient du cor, La voix du rossignol lance ses doux accords, La vallée s'endort et tout devient mystère, Le silence s'est fait autour du monastère, Le dernier Angelus a sonné lentement A l'antique-clocher qui monte au firmament, Le murmure pieux des moines en prières Descend avec la brise au fond de la clairière Et cet écho divin semble remercier Dieu. D'avoir créé pour nous un coin si merveilleux. J'aime la Molignée à l'heure où le soir tombe, Et que sur le ravin la nuit s'étend profonde.

 

L'AGNELÉE établissement industriel (suite)

La famille de Jean Tournon est établie à Dinant au XVIe siècle : Claude, son grand-père, est en 1570 marchand et bourgeois de la ville de Dinant38 et a sa demeure grand rue 39. On ne connaît pas le genre de commerce exercé, mais ses affaires semblent prospères : il fait des placements immobiliers. Outre l'achat d'une rente de 10 florins en 1570, il en achète notamment deux autres le 4 mars 1586 d'une valeur de 28 florins 16 patars en versant la somme de 480 florins4O et il est propriétaire de deux fermes proches de Dinant ; la première à Rostenne (le long de la route de Sommière à Bouvignes), la seconde à Hontoir (localité Sommière), dite la petite cense41.

Il est décédé avant le 15 mai 160042 laissant deux fils que lui a donnés Catherine Libert, son épouse : Jean et Philibert43.

Jean, l'aîné, épouse Isabeau Ouverbrouck44 et est père de quatre enfants : Claude, Marie, Jean et Jacques. Il est décédé avant le 20 octobre 1604 et, si l'on n'a pu recueillir aucun renseignement sur ses activités professionnelles, l'on sait que son épouse exerce, après le décès de son époux, le métier de maîtresse de forges46 : elle exploite le fourneau de Monneau à Freyr 47 et elle en construit un second sur les biens de La Rochette, près de Freyr, qu'elle achète le 16 décembre 1610 à la veuve du seigneur de Freyr. Elle épouse en troisièmes noces Léonard Blanche à qui elle transporte le 14 mai 1623, pour soixante florins de rente, sa maison, jardin et fourneau de La Rochette ainsi qu'une forge à Huy, dépendante de la cour de Marcin (Marchin)48).

Comme l'a fait sa mère et comme le feront ses deux frères, Jean Tournon exerce le métier de maître de forges et, pour mettre le maximum d'atouts dans son jeu, il épouse en 1623 49 Marie, fille de Simon Gobart (ou Gobeau), seigneur de Biesmerée, lui-même maître de forges. Outre les revenus que lui procure le fourneau de Monneau, hérité par moitié avec son frère Jacques, fourneau qu'il n'exploite pas lui-même, mais loue51, outre les 300 florins de rente, dot de son épouse, il obtient le 13 décembre 1626, de son beau-père en qualité de seigneur de Biesmerée, le droit de pouvoir tirer mines et minéraux sur la terre et seigneurie de Biesmerée52 et d'autres droits dont la moitié de la chasse et de la pêche. Le minerai est vraisemblablement traité au fourneau, situé entre Vaux et Biesmerée, qu'il a fait construire et dont la prise d'eau sera l'objet d'un conflit avec le seigneur de Vaux, conflit terminé par un arrangement amiable le 17 mars 166453.

Son épouse, Marie Gobart décède quelque quatre années après le mariage, en 1627 ou 162854, lui laissant deux fils, Jean et Simone55.

Mais il ne prolongera pas son veuvage et, avant le mois de mai 1629, il contracte un second mariage", après en avoir arrêté les conventions le 26 février, avec Anthoinette Geraye, veuve de Bartholomé de Gozée, maître de forges ; elle dirige l'exploitation de son défunt mari et demeure à Fairoul57où va résider Jean Tournon et gérer les affaires de sa seconde épouse58.

Comme son premier mariage, celui contracté avec Anthoinette Geraye ne sera pas de longue durée : elle décède le 30 juin 163259 et quelques jours plus tard, le 10 juillet, Jean Tournon perd son second fils, Simon, âgé de six ans 60.

Il retourne résider à Stave61 et contracte un troisième mariage avec Marie de Ville62.

Le 26 octobre 1637, l'Abbé de Saint-Hubert, seigneur d'Anseremme, transporte au profit de Jean Tournon tous tels droits, clains, causes et actions qu'il a et lui est acquis par vertu de leur saisine sur le fourneau, coup d'eau et appendices, par lui saisis pour non-payement de la rente de quatre stiers de froment63 et le lendemain, Jean Tournon est advesty et adhérité par la cour de justice d'Anseremme de l'usine, forneaux et appendice de Monneaux. Il exploite cet établissement vraisemblablement par facteur jusqu'au 14 juillet 1641 : avec son épouse, il rend en accense héritable et perpétuel au profit de Michel Auxbrebis les maisons, stabieries, jardin, fourneaux, chippes, coup d'eau, appendices et appartenances que l'on dist communément Monneaux, contre versement d'une rente annuelle de 300 florins rédimibles au denier seize64 et au versement de la somme de 4 300 florins pour rachat de la rente due aux héritiers de Jacques Tournon, frère de Jean65.

Aucun renseignement sur ses activités pendant une vingtaine d'années n'a été trouvé. Comme nous l'avons vu66, Jean Tournon prend en arrentement le 4 avril 1657 les biens de l'Agnelée appartenant à l'abbaye d'Aulne et fait construire une nouvelle forge en 165967, forge qu'il exploite et y traite par affinage le minerai extrait sur le territoire de la seigneurie de Biesmerée68 et réduit en fonte dans son fourneau de Biesmerée.

En 1662, étant d'un âge avancé, il décide de se retirer du village de Stave pour aller habiter la ville et vend à Gaspard de Lierneux, son gendre, toutes les bêtes qu'il possède sur sa ferme du Franc-Douaire contre 64 bonniers de bois69 et l'année suivante, il cède à sa fille Marie et son mari pour subside et dot promise, les meubles lui appartenant dans la maison du Franc-Douaire qu'occupe sa fille. Lui-même réside à Yvoir70.

Quand et où est décédé Jean Tournon ?

Les recherches pour répondre à cette question sont restées infructueuses, mais l'on sait qu'il est décédé entre le 17 mars 1664 (date de l'accord conclu avec le seigneur de Vaux au sujet de la prise d'eau pour le fourneau de Biesmerée) et le 4 novembre 166571.

Le seul enfant en vie de Jean Tournon au moment de son décès, Marie, issue de son union avec Marie de Ville, qui a épousé Gaspard de Lierneux72, hérite de tous les biens de son père. Mais son mari n'est pas capitaine d'industrie, loin s'en faut, mais plutôt un hobereau. Qu'on en juge !

Le 15 février 1667, Gaspard de Lierneux et son épouse vendent à Gislain Gilbert, maître de forges, résidant à Dinant, le fourneau, cours d'eau, chippe, estable, jardins et héritages que l'on dit de Monneaux73.

 

En 1674, ils vendent l'Agnelée avec tous les ustensiles de forge à Monsieur de Rosée 74.

Enfin, ils font démolir, avant 1688, le fourneau dit de Vaux 75.

La forgerie de Jean Tournon est ainsi démantelée et passe dans des mains étrangères à la famille.

(à suivre)

G. DEREINE.

 

 

38 Claude Tournon achète à Jean de Huyet une rente de 10 florins sur une maison sise à Dinant.

A.E.N., Echevinages Dinant, n° 16, f° 162. En 1552, est greffier de la cour de Dinant, un certain Roland Tournon (A.E.N., Echevinages Dinant, n° 10, f° 43.) mais aucun lien familial entre lui et Claude Tournon n'a été établi.

39 Isabeau Ouverbrouck et ses enfants vendent à Philibert Tournon, son beau-frère et leur oncle paternel, la moitié de la maison ayant appartenu à Claude Tournon et Catherine Libert. A.E.N., Echevinages Dinant, n' 34, f° 12.

40 A.E.N., Echevinages Dinant, n° 29, fos 117 et 117v.

41Partage des biens de Claude Tournon en date du 19 janvier 1627. Les enfants de Jean, fils aîné de Claude, à savoir Claude, Jacques, Jean et Marie recueillent la cense de Hontoir ; leur oncle, Philibert, obtient la ferme de Rostenne. A.E.N., Echevinages Bouvignes, n° 29, f° 106.

42 A cette date, Philibert Tournon représente devant la cour de justice de Dinant, sa mère, Catherine Libert, veuve de feu Claude Tournon. A.E.N., Echevinages Dinant, n° 26, f° 379v.

43 A.E.N., Echevinages Dinant, n° 27, f° 105. Acte du 6 juillet 1601.

44 A.E.N., Echevinages Dinant, n° 34, f° 12.

45 A.E.N., Echevinages Dinant, n° 30, f° 326.

46 Isabeau Ouverbrouck a épousé en premières noces Gérard Ouverbrouck ; ils possèdent deux forges, marteau et un fourneau situés au lieu-dit Chèdeneux Champ à Marchin (lieu-dit actuel : le Fourneau). De cette union sont nés Gérard, Jacques et Cécile. A.E.N., Echevinages Freyr, n° 1.

47 A. E. N., Echevinages Freyr, n° 1. Il s'agit du fourneau dit Moniat à Freyr. On observera que Moniat, la dénomination populaire, s'est imposée pour être encore la dénomination actuelle.

48 A.E.N., Echevinages Freyr, n° 1.

49 Les « convenances » de mariage sont datées du 6 juillet 1623. A.E.N., Fonds Jacquier de Rosée, n° 551.

50 Simon Gobart, né vers 1555, a acquis vers 1590, du seigneur de la Fontaine, une place vague avec des bâtiments en ruine à Vaulx pour y ériger un fourneau. A.E.N., Enquètes judiciaires du Conseil de Namur, n° 2389.

Simon Gobart (dit le Jeune), fils du précédent, est également maître de forges. Le 22. août 1616, il achète à Jean Doye les droits et actions qu'il at et peult avoir au fourneau, schippe, by, usinne, appendices et dépendances que l'on nomme le noeuf fourneau entre Vaux et Biesmerée. A. E. N., Echevinages Biesmerée, n° 15.

51 A.E.N., Conseil provincial, n° 1618.

52 A. E. N., Communes ancien régime, Biesmerée, n° 3. On peut encore voir actuellement, le long de la route Vaux-Biesmerée, des endroits où a été extrait le minerai de fer.

53 A.E.N., Echevinages Stave, n° 1. Il semble que ce fourneau ait été construit sur le territoire de la seigneurie de Biesmerée, mais que la prise d'eau soit située sur celui de Vaux. Attestation du 14 octobre 1689 de la cour de Biesmerée. A.E.N., Communes ancien régime, Biesmerée, n° 1.

54 A.E.N., Fonds Jacquier de Rosée, na 551.

55 Le décret du 10 septembre 1629 du Conseil provincial spécifie : Comme Jean Tornon nous auroit remonstré le 19 de may dernier, ne. luy compecte en usufruit, à Jean et Simon, les enfants engendrés de feue Marie Gobart, la première espeuze, en propriété, le quart de certaine censé, appendices et appartenances scituée à Hontoir… A.E.N., Echevinages Hontoir, n° 2.

56Dans le décret repris ci-dessus, il est spécifié : Marie Gobart, la première espeuze. ..

57A.E.N. Enquêtes judiciaires du Conseil de Namur, n' 4196.

Bartholomé de Gozée est décédé le 16 septembre 1624. L'intermédiaire des généalogistes. Mai 1977. NI 189, p. 225.

Il prend en arrentement en 1590 la place du fourneau de Fairoul et les bâtiments en ruine, A.E.N., Enquêtes judiciaires du Conseil de Namur, n° 2389.

Le fourneau ayant été exploité auparavant par Jehan Robert et ses associés. A.E.N., Enquêtes judiciaires du Conseil de Namur, n 1 2445.

L'établissement comprenait un fourneau et une forge. Dix ouvriers y étaient employés : un maître fondeur, un bocqueur, un aide-chargeur, un briseur de mines, un laveur de fer au fourneau ; à la forge : le premier affineur, son aide, le maître marteleur, son aide, un porte-charbon qui est également marteleur. A.E.N., Conseil provincial, n° 1618.

Mais Bartholomé de Gozée n'exploite pas uniquement le fourneau et l'affinerie de Fairoul. Le 18 avril 1600, Il achète la place du marteau, course d'eau, schippe et usines appelés le Haut-Marteau à Walcourt. A.E.N., Echevinages Walcourt, n° 5, f° 9.

58 A.E.N., Conseil provincial, na 1618. A.E.N., Enquêtes judiciaires du Conseil provincial, na 4196.

59 A.E.N., Conseil provincial, n° 1618.

60 Pierre tombale dans l'église paroissiale de Fairoul. L'intermédiaire des généalogistes. Juillet 1975. N° 178, p. 267.

61 Il réside vraisemblablement dans la ferme du Franc-Douaire comme le spécifie un acte du 26 octobre 1643 du notaire de Frahan. A.E.N., Protocoles notariaux, n° 102.

62 A.E.N., Echevinages Stave, n° 1. Acte du 25 juillet 1640 du notaire T. Tilman de Namur.

Marie de Ville a épousé en premières noces Jacques Tamison, A.E.N., Echevinages Dinant, n° 38, f° 131v, f° 310, en 1623.

A.E.N., Protocoles notariaux, n° 49, f° 23 Conventions de mariage du 4 février 1623.

A noter que la sœur de Jacques Tamison, Marguerite, a épousé Jacques Tournon, frère de Jean. A.E.N., Echevinages Dinant, n° 41, f° 152v.

Ainsi, Marie de Ville était la belle-sœur du frère de Jean Tournon.

63 A.E.N., Echevinages Anseremme, n° 4, f° 121v.

64 La somme à verser en cas de rachat de la rente s'élève à 4 800 florins.

Jean Tournon dispose de 150 florins pris hors de cette rente de 300 florins au profit de sa fille, Marie, pour son entrée en religion chez les Mères Ursulines de Dinant. A.E.N., Protocoles notariaux, n° 307. Acte du 28 avril 1654.

Mais celle-ci ne prononcera pas ses vœux puisqu'elle épouse Gaspard de Lierneux.

Le 3 juillet 1656, Jean Tournon vend cette rente à sa fille. A.E.N., Echevinages Stave, n° 1.

65 A.E.N., Echevinages Anseremme, n° 6, f° 153. A.E.N., Echevinages Freyr, n° 1.

On déduit de cet acte que Jacques et JeanTournon ont hérité conjointement le fourneau de Monneau de leur mère Isabeau Ouverbrouck.

66 Le Molignard, n°1 / 1983, p. 19.

67 A.E.N., Conseil provincial, Correspondance du Procureur général, n° 143. Le sieur de Grange, seigneur de Furnaux, écrit le 3 septembre 1659 : Remonstre en deue révce le Sr de Grange, Gouverneur de Marienbourg qu'il est informé que tout freschement l'on a fait rebastir une forge sur le ruisseau venant de Biesmerée à Furnau, au lieu dit l'Agnelée, où il y en avoit eu cy devant une, sans avoir au préalable obtenu (comme l'on croid) le coup d'eau...

Dans un document intitulé : Réflexions à faire sur les deniers, tailles qu'exige la communauté de Graux sur Lanlée, cy devant terre de Graux, on lit :

2. Jean Tournon ou ses ancêtres ont rebatit la forge l'an 1659 comme se voit par le procès avec le seigneur de Furnau. A.E.N., Fonds Jacquier de Rosée, n° 557.

68 A.E.N., Etats de Namur, n° 738. Léonard Rouffe se plaint en date du 10 juillet 1661 devant la cour des férons que les ouvriers extrayant des mines à Biesmerée, dont certains pour le compte de Jean Tournon, ne comblent pas les fosses.

69 A.E.N., Echevinages Stave, n° 1.

70 A.E.N., Echevinages Stave, n° 1. Acte du 18 avril 1663 du notaire Bruniaux, pasteur du Franc-Douaire.

71 A.E.N., Echevinages Stave, n° 1. Marie de Ville, résidant à Stave, veuve de Jean Tournon, donne procuration.

72 La famille de Lierneux est originaire de Liège. François de Lierneux, né à Liège le 8 mars 1590, épouse Marie Bex (testament du 20 juin 1636). On connaît six enfants, issus de cette union. Herman, un des fils, épouse le 1er juin 1646 Isabelle Finia ; il rachète la seigneurie de Presles-sur- Sambre.

Son frère, Gaspard, Désiré, né à Liège le 17 janvier 1633, épouse Marie Tournon, héritière des biens de Stave.

Raymond Tirions, Histoire de la propriété à Stave pendant vingt siècles. Crédit Communal de Belgique 1975.

73 A.E.N., Protocoles notariaux, n° 298. A.E.N., Echevinages Anseremme, n° 7, f° 265v.

74 L'acte de vente n'a pas été retrouvé. Cette assertion est contenue dans le document intitulé : Réflexions à faire sur deniers, tailles... (voir note n° 67). A.E.N., Fonds Jacquier de Rosée, n° 55.

75 Le 8 mars 1688, Gaspard de Lierneux déclare devant la cour du Franc-Douaire, accompagné de sa seconde épouse, Carline Baige de Burtin, que les chevrons, viennes et soulmiers restants au fourneau de Vaux ont esté ramenés à Stave et raplicqué à redifier les bergeries de la cense du Pays du Roy. A.E.N., Echevinages Franc-Douaire, n° 7.

 

LE LAIT BATTU

Ce que j'aime dans le lait battu, c'est le souvenir... Ce petit goût aigrelet fait surgir en moi une image de mon enfance : le vendredi midi, toute la famille autour de la table, cette assiette de lait battu qui précédait le poisson et la tarte au riz du dessert... et je ressens l'odeur de la maison, je retrouve mes pensées d'enfant solitaire, j'entends les voix qui, depuis longtemps, se sont tues.

Quand je rencontre ce grand sapin au détour du chemin, je me revois petite gamine farouche, seule, grimpant allègrement de branches en branches, au mépris des déchirures, m'installant avec un livre aimé tout en haut du plus grand conifère de notre jardin, laissant mes parents m'appeler et me chercher... Je me retrouve telle que j'étais alors, telle que je suis toujours au fond de moi.

Prenant ce petit sentier à travers les bois, je vais à la rencontre des arbres, des taillis, des fleurs sauvages, confidents de tout ce que j'éprouvais petite fille quand je m'en allais au fond du jardin, dans le petit bois et que toute cette végétation devenait des personnages imaginaires à qui je me racontais, avec lesquels je créais et jouais du théâtre tour à tour magique, héroïque ou sentimental.

Si le « coin-coin » du canard surgit soudain dans le silence de la campagne hivernale, c'est celui de jadis que j'entends et je sens la bonne main parcheminée de Bon Papa qui serrait ma menotte lorsque nous partions à la messe tous les deux, les froids matins dominicaux...

Ce bruit continu d'une chute d'eau au hasard d'une promenade... c'était celui que j'entendais le soir, pelotonnée dans mon lit et inventant des histoires.

Un cri d'oiseau, une branche qui craque, un gazouillis de ruisseau, un bêlement, et je me sens telle que j'étais enfant, telle que je suis toujours au plus profond de moi-même, telle que je me retrouverai, dépouillée, devant la mort, devant Dieu ; je retrouve mon moi vrai, façonné jadis par cette vie de liberté au contact de la nature, mais enseveli au cours des ans sous tout ce que la vie apporte d'expérience, de savoir, de conformisme, de désillusions...

Finalement, je revis mon rêve personnel, unique.

Laissera-t-on aux enfants de nos villages un coin solitaire pour tisser ce moi unique, pour accumuler cette richesse en eux ?

Ce coin n'est-il pas remplacé par tout ce qu'on met de force en eux, par des idées, des images, des sentiments tout fabriqués qu'ils emmagasinent tels quels...

Auront-lis encore en eux le goût d'un quelconque lait battu ou bien seront-ils tous conditionnés par Goldorak et Cie, par les feuilletons TV ou par l'électronique ?

Pourront-ils encore s'enfuir dans les bois, y découvrir ces arbres amis et se forger une âme à leur contact ?

Pourront-ils créer leur rêve à eux, ce rêve personnel, unique ?

Et comment vivre sans rêve

Gaby LEFEBVRE.